Le document d’accompagnement bovin passe au numérique : ce que dit la loi, ce qu’annonce le ministère pour fin 2027

Si vous transformez votre propre lait, vous êtes aussi éleveur — et le papier qui accompagne chacune de vos vaches « tout au long de leur vie », selon les mots du ministère, va changer de forme. Le ministère a publié le 10 septembre une page sur le sujet. Elle est courte, et elle laisse de côté le texte qui donne les dates. Nous avons lu les deux.
Ce que le ministère a publié le 10 septembre
La page s’intitule « Vers la dématérialisation du document d’accompagnement bovin (DAB) ». Elle est datée du 10 septembre 2026, classée en rubrique « Info + » et rangée sous les mots-clés « élevage », « filière bovine » et « traçabilité ». Elle est accompagnée d’une infographie d’une page, téléchargeable, dont le texte est également repris en clair sur la page.
Le ministère y écrit que le DAB « est aujourd’hui un document papier qui accompagne obligatoirement les bovins tout au long de leur vie », qu’il « comporte notamment les informations relatives à l’identité et à la traçabilité de l’animal, ainsi que des données sanitaires », et que « inscrite dans la loi, la dématérialisation de ce document vise à simplifier les démarches administratives des professionnels de la filière, tout en améliorant la traçabilité sanitaire des animaux ».
L’infographie est plus précise sur le contenu du document. Elle écrit que le DAB « regroupe notamment » deux ensembles d’informations : « les informations relatives à l’identification et à la traçabilité de l’animal (passeport) » d’une part, « les informations sanitaires, au travers de l’Attestation Sanitaire à Délivrance Anticipée (ASDA) » d’autre part. Ce que la filière appelle couramment le passeport et l’ASDA sont donc bien dans le DAB — mais le « notamment » laisse la liste ouverte, et nous ne la refermons pas à la place du ministère.
Trois phases, un seul repère au-delà de l’année en cours
Le projet est, selon la page, « lancé en 2025 et piloté par le ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté Alimentaire ». L’infographie l’organise en trois phases, chacune associée à une année :
- 2025 — « 1 – Comprendre les besoins » : « échanges avec les acteurs de terrain de toute la filière bovine tout au long du projet » ;
- 2026 — « 2 – Co-construire la solution » : « conception et tests réalisés avec les utilisateurs » ;
- fin 2027 — « 3 – Déployer et accompagner progressivement » : « mise en œuvre graduelle et accompagnement des nouveaux usages ».
« Fin 2027 » est le seul repère que le ministère donne au-delà de l’année en cours. Il est accolé à la phase de déploiement ; rien, dans l’infographie ni dans le texte de la page, ne dit si cette date en marque l’ouverture ou le terme. Et l’infographie ajoute une précision qui compte pour un élevage qui n’a ni réseau ni envie de changer ses habitudes du jour au lendemain : « Le déploiement du DAB dématérialisé s’effectuera progressivement sur l’ensemble de la filière bovine tout en maintenant une possibilité de coexistence entre les formats papier et numérique. »
La loi, elle, compte en mois
La page renvoie à « la loi » sans la nommer. Il s’agit de l’article 36 de la loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture. Son premier alinéa, dans son intégralité :
« L’Etat se donne pour objectif, dans un délai de trente mois à compter de la promulgation de la présente loi, en coordination avec les professionnels des filières concernées et avec l’établissement mentionné à l’article L. 513-1 du code rural et de la pêche maritime, de dématérialiser les documents d’accompagnement des bovins et de mettre en place une plateforme permettant l’accès à ces informations à l’ensemble des opérateurs ayants droit intéressés, aux fins et dans les conditions définies à l’article L. 212-2 du même code, et dispensant les opérateurs de les conserver sous format papier. »
Trois éléments méritent d’être lus lentement. D’abord, la nature de l’engagement : l’État « se donne pour objectif ». Ce n’est pas une obligation qui pèserait sur vous à une date donnée, et ce n’est pas non plus une obligation de résultat pour l’administration. Ensuite, le point de départ : « à compter de la promulgation », c’est-à-dire du 24 mars 2025, et non de la publication au Journal officiel ni de l’ouverture du projet. Enfin l’objet, qui est double : dématérialiser les documents et mettre en place une plateforme d’accès, la dispense de conservation papier étant attachée à cette plateforme.
C’est le délai que l’article 36 de la loi du 24 mars 2025 se fixe, à compter de la promulgation de la loi, pour dématérialiser les documents d’accompagnement des bovins et mettre en place la plateforme d’accès. Trente mois après le 24 mars 2025, cela fait le 24 septembre 2027. L’infographie du ministère, elle, accole « fin 2027 » à la phase de déploiement. Nous ne rapprochons pas ces deux repères pour en tirer un retard ou une avance : la loi borne un objectif, l’infographie situe une phase de travail. Ils ne mesurent pas la même chose.
Un second délai, plus discret
Le même article 36 comporte un deuxième alinéa, que ni la page ni l’infographie ne mentionnent : « Dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport d’étape détaillant notamment l’état d’avancement des travaux de dématérialisation des documents d’identification et d’accompagnement des bovins ainsi que les modalités de gestion et de financement du système cible. »
Un an après le 24 mars 2025, cela fait le 24 mars 2026. Nous n’avons pas établi si ce rapport a été remis, et nous ne l’affirmons ni dans un sens ni dans l’autre. Ce qui est vérifiable, en revanche, c’est ce que ce rapport devait contenir : « les modalités de gestion et de financement du système cible ». C’est le seul endroit, dans tout l’article 36, où la question de qui paiera est écrite noir sur blanc — et elle n’apparaît nulle part dans la communication du 10 septembre.
Qui pilote quoi
L’article 36 désigne un partenaire nommément : « l’établissement mentionné à l’article L. 513-1 du code rural et de la pêche maritime ». Cet article, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026 (modifié par l’article 40 de la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024), dispose que « Chambres d’agriculture France est l’établissement public, placé à la tête du réseau défini à l’article L. 510-1 ».
Deux de ses missions, listées au même article, touchent directement au sujet — et elles ne sont pas rédigées de la même façon. La première : « il assure la collecte et le traitement des données relatives aux opérateurs et à leurs établissements qui sont notamment requises par le règlement (UE) 2016/429 ». La seconde : « il peut assurer la collecte et le traitement de données relatives à l’identification et à la traçabilité des animaux, qui sont requises par le même règlement ». Sur les données d’opérateurs, le code écrit « il assure » ; sur les données d’identification et de traçabilité des animaux, il écrit « il peut assurer ». La faculté n’est pas la mission.
Ni la page ni l’infographie ne citent Chambres d’agriculture France. L’infographie, dont le texte est repris sur la page, liste parmi « les organismes chargés de l’édition, de la gestion et du contrôle » les « Directions départementales de la protection des populations (DDPP), Chambres départementales d’agriculture (CDA), Groupements de défense sanitaire (GDS), Agence de services et de paiement (ASP), postes de contrôle aux frontières, etc. » — la liste est elle aussi ouverte. Ce sont les chambres départementales qui y figurent, pas l’établissement national que désigne la loi.
Ne lisez pas « fin 2027 » comme la date à laquelle votre classeur de passeports part au recyclage. Trois raisons. La loi fixe un objectif à l’État, pas une obligation à l’éleveur. L’infographie accole « fin 2027 » à une phase de déploiement qu’elle décrit comme une « mise en œuvre graduelle », sans dire si cette date en marque l’ouverture ou le terme. Et le ministère écrit explicitement qu’une « possibilité de coexistence entre les formats papier et numérique » sera maintenue. Tant que le dispositif réglementaire d’application n’est pas publié, aucune date ne vous est opposable : continuez à détenir et à transmettre vos DAB papier comme aujourd’hui.
Ce que la page ne dit pas
Nous avons relu mot à mot le texte de la page du 10 septembre, description de l’infographie comprise. Il ne contient ni le mot « rapport », ni le mot « Parlement », ni le numéro « 2025-268 », ni la date « 24 mars 2025 », ni la mention « trente mois », ni le mot « calendrier », ni le mot « plateforme », ni le mot « financement ». Il ne nomme pas non plus l’outil, ni son opérateur, ni la date à laquelle la dispense de conservation papier prendrait effet. La page annonce une méthode — comprendre, co-construire, déployer — et une année de déploiement. C’est tout, et c’est déjà une information : à moins de quatre mois de la fin de l’année 2026, à laquelle l’infographie rattache la phase de co-construction, cette communication ne nomme pas la solution.
Une chose concrète à faire dès maintenant, et elle ne coûte rien : vérifiez que les coordonnées de votre exploitation sont à jour auprès de votre EDE et de votre GDS, et que la personne qui gère réellement les mouvements d’animaux chez vous dispose d’un accès nominatif aux outils en ligne existants. C’est un point de friction fréquent lors d’un basculement vers un compte en ligne : l’accès est au nom de quelqu’un qui n’est plus là, ou qui n’est jamais sur l’exploitation quand le camion arrive. Le ministère écrit par ailleurs que « tout au long de la démarche, les utilisateurs sont consultés afin que la solution réponde au plus près à leurs besoins », sans préciser par quel canal : si vous avez un avis sur ce que doit faire un DAB numérique un dimanche soir sans réseau, votre chambre d’agriculture et votre interprofession sont les interlocuteurs à solliciter — l’infographie les cite l’une et l’autre parmi les acteurs concernés.
Questions fréquentes
Le DAB papier disparaît-il fin 2027 ?
Le ministère n’écrit pas cela. Son infographie place à « fin 2027 » la phase « Déployer et accompagner progressivement », décrite comme une « mise en œuvre graduelle », et précise que le déploiement se fera « tout en maintenant une possibilité de coexistence entre les formats papier et numérique ».
Quel texte fonde le projet ?
L’article 36 de la loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture. Il fixe à l’État l’objectif de dématérialiser les documents d’accompagnement des bovins et de mettre en place une plateforme d’accès dans un délai de trente mois à compter de la promulgation de la loi.
Que contient le DAB ?
Selon l’infographie ministérielle, il « regroupe notamment » deux ensembles d’informations : celles relatives à l’identification et à la traçabilité de l’animal, désignées par le mot « passeport », et les informations sanitaires, « au travers de l’Attestation Sanitaire à Délivrance Anticipée (ASDA) ». Le « notamment » indique que cette liste n’est pas limitative.
Qui est concerné par la dématérialisation ?
La page du ministère cite, parmi les utilisateurs quotidiens, les « éleveurs, transporteurs, coopératives, marchés aux bestiaux, négociants, abattoirs, vétérinaires et équarrisseurs » ; parmi les organismes d’édition, de gestion et de contrôle, les DDPP, les chambres départementales d’agriculture, les GDS, l’ASP et les postes de contrôle aux frontières, la liste se terminant par un « etc. » ; et, au troisième cercle, les « interprofessions, services de l’État et administrations impliqués dans le suivi et la gestion de la filière ».
Dois-je changer quelque chose à ma gestion des documents aujourd’hui ?
Aucun texte d’application n’a été publié à la date de cet article. Les obligations en vigueur sur la détention et la circulation du DAB restent celles que vous appliquez déjà.
Sources
Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, « Vers la dématérialisation du document d’accompagnement bovin (DAB) », page publiée le 10 septembre 2026 sur agriculture.gouv.fr, et infographie associée « La dématérialisation du Document d’Accompagnement Bovin (DAB) » (PDF, 1 page), consultées le 14 septembre 2026. — Loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, article 36, consultée sur Légifrance le 14 septembre 2026. — Code rural et de la pêche maritime, article L. 513-1, version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, modifié par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024, article 40, consulté sur Légifrance le 14 septembre 2026. — Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024. — Règlement (UE) 2016/429 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016.
— La Rédaction