Crème : la cotation européenne a perdu 42 % en un an, et cette série n’a jamais comporté de prix français

MARCHÉ DU LAIT

Crème : la cotation européenne a perdu 42 % en un an, et cette série n’a jamais comporté de prix français

— La Rédaction
Publié le 17 août 2026
Lecture : 6 min
Crème liquide versée depuis un broc en inox dans une cuve d’atelier laitier
La cotation hebdomadaire de la crème publiée par la Commission européenne s’arrête, au 17 août 2026, à la semaine 32 (3 au 9 août).

La cotation européenne de la crème s’est établie à 254,44 euros les 100 kg pour la semaine du 3 au 9 août 2026. Un an plus tôt, sur la même semaine, elle valait 439,99 euros : la baisse atteint 42,2 %. Et sur les cinq États membres dont le prix national est publié cette semaine-là, il n’y a toujours pas la France.

Le beurre est suivi de près, en France, par deux cotations nationales hebdomadaires. La crème, elle, recule dans les mêmes proportions sans thermomètre équivalent : sur la semaine 32, la cotation européenne du beurre perd 44,7 % sur un an (394,24 euros les 100 kg contre 712,42), celle de la crème 42,2 %. Pour un atelier qui achète de la crème pour glacer, monter un fromage frais ou baratter, c’est le second chiffre qui compte.

Ce que dit la cotation de la semaine 32

La Commission européenne publie chaque semaine, dans son portail de données agroalimentaires, une ligne « Union européenne » et, à côté, les prix des États membres qui apparaissent en clair. Voici la photographie de la semaine du 3 au 9 août 2026.

Semaine 32 de 2026 Prix (euros / 100 kg)
Espagne 121,48
Belgique 188,70
Italie 192,00
Pologne 195,03
Union européenne 254,44
Tchéquie 330,85

Source : Commission européenne, portail de données agroalimentaires, jeu de données hebdomadaire des prix des produits laitiers, produit Cream, semaine 32 de 2026. Données consultées le 17 août 2026.

Deux choses sautent aux yeux. La première : l’écart entre pays est considérable, la cotation tchèque valant 2,7 fois la cotation espagnole la même semaine. La seconde : la ligne « Union européenne » se situe au-dessus de quatre des cinq prix nationaux publiés, et au-dessous d’un seul. Elle n’est donc pas la moyenne de ce tableau — nous y revenons plus bas.

Sur la durée, le mouvement est net. Le point haut de 2025 avait été atteint la semaine du 5 au 11 mai, à 507,40 euros les 100 kg. La cotation de la semaine 32 de 2026 en représente tout juste la moitié. Sur la même fenêtre de trente et une semaines (semaines 2 à 32), la moyenne passe de 465,09 euros en 2025 à 259,12 euros en 2026.

−42,2 %Baisse de la cotation européenne de la crème entre la semaine 32 de 2025 (439,99 euros les 100 kg) et la semaine 32 de 2026 (254,44 euros). Sur la même semaine, le beurre recule de 44,7 %.

Ce que cette cotation mesure — et ce qu’elle ne mesure pas

Ces prix ne sont pas une enquête de conjoncture : ils résultent d’une obligation de notification établie à l’article 2 du règlement délégué (UE) 2017/1183, dont les modalités sont fixées par le règlement d’exécution (UE) 2017/1185, ici dans sa version consolidée au 18 décembre 2024. Son annexe I, point 7 « Lait et produits laitiers », vise « les prix du lactosérum déshydraté, du lait écrémé en poudre, du lait entier en poudre, du beurre, de la crème, du lait de consommation et des fromages de base, exprimés par 100 kg de produit ».

Le même point précise le périmètre exact du prix relevé : « les prix sont notifiés pour les produits achetés auprès du fabricant, à l’exclusion de tout autre coût (transport, chargement, manutention, stockage, palettes, assurances, etc.) sur la base de contrats conclus pour les livraisons effectuées dans un délai de trois mois ». L’article 10 ajoute que, sauf disposition contraire des annexes, les prix sont communiqués « hors TVA », et l’article 11 fixe le calendrier : sauf disposition contraire de l’annexe I, la notification est due « au plus tard à 12 heures (heure de Bruxelles) chaque mercredi de la semaine précédente ».

Autrement dit : un prix sortie d’usine, sur contrat à trois mois, hors taxes et hors logistique. Ce n’est ni le prix d’un fût livré dans un atelier, ni le prix d’une brique en rayon.

Le règlement ne fixe aucune teneur en matière grasse pour la crème notifiée. L’expression « matière grasse » n’apparaît que quatre fois, au singulier comme au pluriel, dans l’ensemble du texte consolidé, et toujours à propos du lait cru — jamais dans le point 7 de l’annexe I. Comparer la ligne espagnole et la ligne tchèque revient donc à comparer deux produits dont le texte ne garantit pas qu’ils aient la même richesse. Le beurre, lui, dispose d’un standard de marché bien identifié en France (82 % de matière grasse) : la crème n’a pas cet équivalent dans cette série.

Ce que l’on sait de l’absence française

Le constat est brut : depuis le début de cette série hebdomadaire, en 2021, aucun prix français de la crème n’y figure. Les États membres dont le prix apparaît en clair sont la Tchéquie, la Pologne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne en 2026 ; l’Estonie y a figuré de 2021 à 2025, l’Allemagne une seule semaine et la Roumanie trois semaines, en 2022. Jamais la France.

Le règlement n’indique pas pourquoi telle ligne nationale n’apparaît pas, et sa seule lecture ne permet pas de trancher le cas français. Il contient en revanche plusieurs dispositions susceptibles d’aboutir à l’absence de prix national publié. Ainsi de la confidentialité : selon l’article 4, paragraphe 4, « La Commission ne publie pas d’informations pouvant permettre d’identifier un opérateur. Si un tel risque existe, la Commission ne publie ces informations que sous une forme agrégée ». Le paragraphe 3 du même article impose à l’État membre de signaler à la Commission le cas où les informations émanent « de moins de trois opérateurs », ou celui où un seul opérateur représente « plus de 70 % du volume des informations notifiées ». Ainsi également de l’absence de notification : sauf dispositions contraires des actes visés à son article 1er, l’article 5 prévoit qu’à défaut de transmission dans les délais, l’État est réputé avoir notifié, « dans le cas des prix, une absence d’information ».

Cette mécanique de l’agrégation éclaire aussi l’anomalie apparente du tableau, sans que le règlement décrive le mode de calcul de l’agrégat : rien n’oblige la ligne « Union européenne » à se situer entre les cinq prix nationaux publiés, puisqu’elle peut intégrer des notifications dont le détail national n’est pas publié.

Côté français, le relais habituel ne comble pas le vide : le bulletin hebdomadaire « Situation des cours et marchés » du réseau des nouvelles des marchés de FranceAgriMer, dans son édition de la semaine 31 mise en ligne le 5 août 2026, ne comporte aucune cotation de crème. Son poste « Produits laitiers » publie cinq lignes : les deux cotations du beurre standard industriel 82 % de matière grasse (prix facturation, 4 002 euros la tonne, et prix moyen contrats, 4 101 euros), la poudre de lait entier 26 % de matière grasse (3 406 euros), la poudre de lait 0 % de matière grasse (2 554 euros) et le lait UHT demi-écrémé en brique au détail (0,96 euro le litre). Pas de crème.

Ce qu’un artisan peut en faire

Une cotation européenne n’est pas un tarif. Elle ne dit pas ce que votre fournisseur vous facturera le mois prochain, et le rapport de 2,7 entre deux cotations nationales la même semaine suffit à rappeler qu’elle agrège des réalités hétérogènes. Elle a néanmoins trois usages concrets.

  • Situer une tendance de fond. Sur trente et une semaines comparées à l’identique, la crème européenne vaut en moyenne 44 % de moins qu’en 2025. Un tarif fournisseur strictement stable sur la même période mérite au minimum une question.
  • Dater sa négociation. Le point 7 de l’annexe I précise que les prix notifiés reposent sur des contrats à trois mois. Une baisse observée en août sur le marché amont ne se retrouve donc pas mécaniquement dans un tarif du mois suivant.
  • Raisonner en coût de recette. Pour une glace, la crème et la matière grasse laitière pèsent lourd dans le mix. Un recul simultané du beurre et de la crème déplace le coût matière de la saison suivante.

Si vous achetez de la crème au fût ou en cubi, notez la teneur en matière grasse sur votre bon de livraison avant de comparer quoi que ce soit à une cotation. Sans cette donnée, deux prix au kilo ne sont pas comparables — et c’est précisément ce que le règlement européen ne normalise pas pour ce produit.

Nous avions déjà signalé le retournement du beurre et détaillé les deux cotations françaises du beurre, qui ne mesurent pas la même chose. La crème suit le même mouvement de baisse, mais sans équivalent français ni dans la série européenne ni dans le bulletin du réseau des nouvelles des marchés de la semaine 31 : c’est la principale information de cette semaine 32.

Questions fréquentes

Combien vaut la crème sur le marché européen en août 2026 ?

La cotation « Union européenne » publiée par la Commission européenne s’établit à 254,44 euros les 100 kg pour la semaine 32 de 2026, qui couvre du 3 au 9 août. C’est la dernière semaine disponible au 17 août 2026.

De combien la crème a-t-elle baissé en un an ?

De 42,2 % en comparant deux semaines identiques : 439,99 euros les 100 kg en semaine 32 de 2025, 254,44 euros en semaine 32 de 2026. Sur la même semaine, la cotation européenne du beurre passe de 712,42 à 394,24 euros, soit un recul de 44,7 %.

Existe-t-il une cotation française de la crème ?

La série hebdomadaire européenne ne publie aucun prix français de la crème depuis son début, en 2021. Et le bulletin hebdomadaire « Situation des cours et marchés » du réseau des nouvelles des marchés de FranceAgriMer, édition de la semaine 31 mise en ligne le 5 août 2026, ne comporte pas de ligne crème. Son poste « Produits laitiers » publie cinq lignes : les deux cotations du beurre standard industriel 82 % de matière grasse (prix facturation et prix moyen contrats), la poudre de lait entier 26 % de matière grasse, la poudre de lait 0 % de matière grasse et le lait UHT demi-écrémé en brique au détail.

Pourquoi le prix d’un pays peut-il ne pas être publié ?

Le règlement d’exécution (UE) 2017/1185 n’indique pas pourquoi la ligne d’un État donné n’apparaît pas. Il contient en revanche plusieurs dispositions susceptibles d’aboutir à l’absence de prix national publié. Son article 4, paragraphe 4, interdit à la Commission de publier des informations permettant d’identifier un opérateur et ne l’autorise alors qu’à une publication sous forme agrégée. Son article 5 prévoit par ailleurs qu’un État qui n’a pas notifié dans les délais est réputé avoir notifié, pour les prix, une absence d’information.

Quelle teneur en matière grasse correspond à cette cotation ?

Le règlement d’exécution (UE) 2017/1185 n’en fixe aucune pour la crème. L’expression « matière grasse » figure quatre fois, au singulier comme au pluriel, dans son texte consolidé, toujours à propos du lait cru, jamais au point 7 de l’annexe I qui organise la notification hebdomadaire des produits laitiers. Deux prix nationaux ne sont donc pas garantis comparables à richesse égale.

Ce prix correspond-il à ce que paie un atelier de transformation ?

Non. Le point 7 de l’annexe I du règlement d’exécution (UE) 2017/1185 précise que les prix sont relevés pour des produits achetés auprès du fabricant, à l’exclusion de tout autre coût : transport, chargement, manutention, stockage, palettes, assurances. Ils reposent sur des contrats conclus pour des livraisons effectuées dans un délai de trois mois, et l’article 10 précise qu’ils sont communiqués hors TVA, sauf disposition contraire des annexes.

À quel rythme cette cotation est-elle mise à jour ?

Chaque semaine. Sauf disposition contraire de l’annexe I, l’article 11 du règlement d’exécution (UE) 2017/1185 impose aux États membres et, le cas échéant, aux opérateurs de communiquer les informations hebdomadaires sur les prix au plus tard à 12 heures, heure de Bruxelles, chaque mercredi, pour la semaine précédente.

Où consulter ces données soi-même ?

Elles sont en libre accès sur le portail de données agroalimentaires de la Commission européenne, rubrique produits laitiers, tableau de bord des prix. Le produit s’intitule Cream et l’unité est l’euro pour 100 kg.

Sources

Commission européenne, portail de données agroalimentaires (Agri-food data portal), jeu de données hebdomadaire des prix des produits laitiers, produits Cream et Butter, États membres et agrégat Union européenne. Données consultées le 17 août 2026 ; dernière semaine renseignée : semaine 32 de 2026 (3 au 9 août) ; la série Cream débute en 2021. agridata.ec.europa.eu

Règlement délégué (UE) 2017/1183 de la Commission du 20 avril 2017 complétant les règlements (UE) n° 1307/2013 et (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la communication à la Commission d’informations et de documents, article 2. Règlement d’exécution (UE) 2017/1185 de la Commission du 20 avril 2017 portant modalités d’application des règlements (UE) n° 1307/2013 et (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les notifications à la Commission d’informations et de documents, et modifiant et abrogeant plusieurs règlements de la Commission, version consolidée au 18 décembre 2024 : article 4, article 5, article 10, article 11, annexe I, point 7. eur-lex.europa.eu

FranceAgriMer, réseau des nouvelles des marchés, bulletin « Situation des cours et marchés », semaine 31 de 2026, mis en ligne le mercredi 5 août 2026, poste « Produits laitiers ». rnm.franceagrimer.fr

Les pourcentages de variation et le rapport entre cotations nationales sont calculés par la rédaction à partir des seules valeurs publiées dans ces séries.

Cet article présente des séries de prix publiques et leur lecture par la rédaction. Il ne constitue ni un conseil d’investissement, ni une prévision de marché, ni une recommandation d’achat. Les prix hebdomadaires notifiés par les États membres sont susceptibles d’être révisés.

— La Rédaction


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