Crémiers-fromagers : la nouvelle grille de salaires s’applique au 1er octobre, pas au 19 septembre — et la date n’est pas dans l’arrêté

L’arrêté est publié, la grille ne s’applique pas encore
Le Journal officiel du 19 septembre 2026 publie, en texte n° 55, un arrêté du 7 septembre 2026 (NOR TRST2622492A). Son article 1er rend obligatoires, « pour tous les employeurs et tous les salariés compris dans le champ d’application de la convention collective nationale des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé du 12 janvier 2021 », les stipulations de l’avenant n° 10 du 16 juin 2026 relatif aux salaires minima.
Son article 2 est celui qu’il faut lire deux fois : « L’extension des effets et sanctions de l’avenant prend effet à compter de la date de publication du présent arrêté pour la durée restant à courir et aux conditions prévues par ledit avenant. » L’arrêté ne fixe donc pas lui-même la date d’application de la grille : il renvoie aux conditions de l’avenant.
Et l’avenant, dans son article 7, est explicite : « Le présent avenant est conclu pour une durée indéterminée. Sous réserve du droit d’opposition prévu à l’article L2232-6 du code du travail, il prendra effet à compter du premier jour du mois qui suit la publication de son arrêté d’extension au Journal officiel. » L’arrêté ayant été publié le 19 septembre 2026, la nouvelle grille prend effet le 1er octobre 2026.
Les deux dates coexistent sans se contredire : l’extension, elle, produit ses effets dès le 19 septembre ; ce qu’elle rend obligatoire, c’est un avenant qui a fixé lui-même son entrée en vigueur au mois suivant. Cette clause de l’article 7 vise toutes les entreprises du champ, y compris celles qui adhèrent aux fédérations signataires : l’avenant subordonne son propre effet à la publication de son arrêté d’extension. Personne n’est donc tenu par ces montants avant le 1er octobre.
Le bulletin de paie de septembre 2026 reste calculé sur la grille de l’avenant n° 9 du 13 janvier 2026. La nouvelle grille concerne la paie d’octobre. Rien n’interdit d’appliquer les nouveaux montants avant l’échéance, puisqu’ils sont plus favorables au salarié ; en revanche, annoncer la hausse à vos équipes pour septembre puis la reporter se règle beaucoup moins bien.
La grille applicable au 1er octobre 2026
L’article 1er de l’avenant fixe les salaires minimaux hiérarchiques mensuels bruts, pour une base de 151,67 heures. Nous avons recalculé nous-mêmes l’évolution de chaque niveau par rapport à la grille précédente :
| Niveau | Salaire mensuel brut | Taux horaire | Évolution |
|---|---|---|---|
| E1 (passage automatique au niveau E2 après 6 mois d’ancienneté dans l’entreprise, article 53-2 de la convention) | 1 875,01 € | 12,36 € | + 1,97 % |
| E2 | 1 896,66 € | 12,51 € | + 2,04 % |
| E3 | 1 913,02 € | 12,61 € | + 1,83 % |
| E4 | 1 940,81 € | 12,80 € | + 1,81 % |
| E5 | 1 970,14 € | 12,99 € | + 1,79 % |
| E6 | 1 991,76 € | 13,13 € | + 1,78 % |
| E7 | 2 047,34 € | 13,50 € | + 1,82 % |
| AM1 | 2 488,93 € | 16,41 € | + 1,79 % |
| AM2 | 2 564,58 € | 16,91 € | + 1,82 % |
| C1 | 3 108,07 € | 20,49 € | + 1,81 % |
| C2 | 3 487,90 € | 23,00 € | + 1,81 % |
Les salaires minima annuels garantis pour 218 jours de travail en forfait jours, eux, ne bougent pas : l’article 2 de l’avenant écrit que le montant « reste fixé » à 38 722 € « au titre des 24 premiers mois en forfait jours » et à 40 760 € « après 24 mois en forfait jours » pour le niveau C1, à 45 855 € puis 50 950 € pour le niveau C2.
Ce que cette revalorisation vient corriger
Le préambule de l’avenant le dit : les partenaires sociaux se sont réunis le 16 juin 2026 pour revaloriser les minima « notamment pour tenir compte de la revalorisation du SMIC au 1er juin 2026 ». Le SMIC est en effet passé ce jour-là à 12,31 € de l’heure, soit 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures, après une première revalorisation au 1er janvier.
Or la grille en vigueur avait été signée le 13 janvier 2026, pour tenir compte du SMIC de janvier. Deux de ses onze niveaux se sont donc retrouvés sous le SMIC de juin : E1, à 1 838,81 €, soit 28,21 € en dessous, et E2, à 1 858,76 €, soit 8,26 € en dessous. C’est la situation qui dure jusqu’au 30 septembre. Un minimum conventionnel inférieur au SMIC ne dispense pas de payer le SMIC : c’est le plus favorable des deux qui s’applique, et le salarié concerné doit donc percevoir 1 867,02 €.
L’écart entre la grille de janvier et le SMIC de juin explique la forme de la nouvelle grille. E1 et E2 sont les seuls niveaux à progresser de près de 2 %, quand les neuf autres se tiennent entre + 1,78 % et + 1,83 %. Au 1er octobre, le premier niveau passe au-dessus du SMIC, de 7,99 €.
7,99 €Ce qui séparera le premier niveau de la grille (1 875,01 €) du SMIC mensuel brut (1 867,02 €) au 1er octobre 2026, à SMIC inchangé. L’écart est aujourd’hui négatif de 28,21 €.
Êtes-vous dans le champ de cette convention ?
L’article 1er de la convention énumère les métiers couverts. Parmi eux, en toutes lettres : « Les crémiers-fromagers quel que soit leur effectif. Ces derniers réalisent la vente de fromages et produits laitiers. La vente d’œufs est également courante. » Le même article ajoute qu’ils « peuvent réaliser sur place l’affinage de leurs fromages en vue de la remise aux consommateurs » : une boutique dotée d’une cave d’affinage reste dans le champ décrit. Légifrance rattache à cette convention les codes NAF 47.21Z, 47.24Z, 47.25Z, 47.29Z, 47.81Z et 82.99Z, ce dernier visant les sièges sociaux.
Une précision utile : l’arrêté d’extension du 17 septembre 2021 a exclu de l’extension l’adverbe « notamment » figurant au premier alinéa de cet article 1er, « en tant qu’il contrevient aux dispositions de l’article L. 2222-1 du code du travail ». Pour un employeur qui n’est tenu que par l’extension, la liste des métiers se lit donc sans cette ouverture.
Le code d’activité ne suffit pas à trancher : la liste rattachée à cette convention va jusqu’au 82.99Z des sièges sociaux. Regardez d’abord l’activité que décrit l’article 1er, puis le numéro d’IDCC porté sur vos bulletins de paie — 3237 pour la convention dont il est question ici. Si les deux ne concordent pas, c’est le point à faire vérifier par votre expert-comptable. Un atelier de transformation à la ferme dont les salariés relèvent du régime agricole dépend d’une autre convention, même s’il vend au détail.
Le texte officiel n’est pas encore là où l’arrêté l’annonce
L’arrêté se termine par un nota : « Le texte de l’avenant susvisé a été publié au Bulletin officiel du ministère, fascicule conventions collectives n° 2026/29, disponible sur le site www.legifrance.gouv.fr/liste/bocc ».
Nous avons consulté cette liste le 22 septembre 2026 vers 16 heures. Elle affichait 25 fascicules pour l’année 2026, le numéro le plus élevé étant le 2026/0026, mis en ligne le jour même. Les numéros 2026/0025, 2026/0027, 2026/0028 et 2026/0029 n’y figuraient pas. Appelée directement, la page du fascicule 2026/0029 est revenue sans aucun texte, là où celle du fascicule 2026/0026, interrogée de la même façon au même moment, en listait. Dans la convention telle que Légifrance la publie, le dernier avenant salaires disponible reste par ailleurs l’avenant n° 9.
Deux voies permettent d’obtenir le texte signé par une source officielle. L’avis d’extension paru au Journal officiel du 4 août 2026 indique que l’avenant « pourra être consulté en direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités ». L’autre voie consiste à le demander à l’organisation professionnelle signataire dont vous relevez : pour une crémerie-fromagerie, la Fédération des fromagers de France, signataire aux côtés de la Fédération Saveurs Commerce et de la Fédération nationale des syndicats des commerçants des marchés de France.
À lire également : les nouveaux codes d’activité applicables au 1er janvier 2027, et les avenants salariaux des coopératives laitières entrés en procédure d’extension.
Questions fréquentes
À partir de quelle paie la nouvelle grille s’applique-t-elle ?
Celle d’octobre 2026. L’article 7 de l’avenant n° 10 prévoit qu’il prend effet le premier jour du mois qui suit la publication de son arrêté d’extension au Journal officiel ; cette publication est intervenue le 19 septembre 2026. La paie de septembre reste calculée sur la grille précédente.
Pourquoi l’arrêté du 7 septembre ne donne-t-il pas cette date ?
Parce qu’il ne fixe que la date d’effet de l’extension, le 19 septembre. Son article 2 étend l’avenant « aux conditions prévues par ledit avenant » : c’est l’avenant qui porte sa propre date d’entrée en vigueur. Lire l’arrêté seul conduit à retenir le 19 septembre pour la grille elle-même.
Et si mon entreprise adhère à une fédération signataire ?
La date est la même. L’avenant conditionne son entrée en vigueur à la publication de son arrêté d’extension, sans distinguer selon l’adhésion de l’employeur.
Ma ferme a un atelier de transformation et un magasin : suis-je concerné ?
Cela dépend de la convention dont relèvent vos salariés, pas de la présence d’un point de vente. Celle dont il est question ici est la convention du commerce de détail alimentaire spécialisé, identifiée par l’IDCC 3237 sur les bulletins de paie. Une activité relevant du régime agricole dépend d’une autre convention.
Que se passe-t-il si un minimum conventionnel est inférieur au SMIC ?
Le SMIC s’applique. Jusqu’au 30 septembre 2026, deux niveaux de la grille en vigueur sont inférieurs au SMIC mensuel de 1 867,02 € brut pour 35 heures : le salarié concerné doit percevoir le SMIC.
Note méthodologique : l’arrêté du 7 septembre 2026, l’avis d’extension du 4 août 2026, la grille de l’avenant n° 9 et l’article 1er de la convention ont été lus sur Légifrance le 22 septembre 2026. Le texte intégral de l’avenant n° 10 — préambule, grille, article 7 — a été lu dans la version PDF diffusée en ligne par le site Juristique, le fascicule officiel n° 2026/29 du Bulletin officiel des conventions collectives n’étant pas accessible sur Légifrance à cette date : avant de passer la grille en paie, faites-la confirmer par votre DREETS ou par votre fédération. Les pourcentages d’évolution ont été recalculés par notre rédaction à partir des deux grilles. L’état de la liste des bulletins officiels est un constat daté, qui peut avoir cessé d’être vrai après le 22 septembre. Cet article n’est pas une consultation juridique.
Sources
Arrêté du 7 septembre 2026 portant extension d’un avenant à la convention collective nationale des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé (n° 3237), NOR TRST2622492A, JORF n° 0219 du 19 septembre 2026, texte n° 55, legifrance.gouv.fr.
Avis relatif à l’extension d’un avenant à la convention collective des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé, NOR TRST2621080V, JORF n° 0180 du 4 août 2026, texte n° 88, legifrance.gouv.fr.
Avenant n° 10 du 16 juin 2026 relatif aux salaires minima dans la branche des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé (IDCC 3237), texte intégral en PDF, juristique.org.
Convention collective nationale des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé du 12 janvier 2021, texte de base, article 1er, et avenant n° 9 du 13 janvier 2026 relatif aux salaires minima, legifrance.gouv.fr.
Liste des bulletins officiels des conventions collectives, consultée le 22 septembre 2026, legifrance.gouv.fr.
Ministère du travail et des solidarités, « Revalorisation du SMIC au 1er juin 2026 », travail-emploi.gouv.fr.
— La Rédaction