Maïs fourrage : − 26,7 % de récolte en 2026, un chiffre publié sans une phrase de commentaire

FOURRAGE & ALIMENTATION

Maïs fourrage : − 26,7 % de récolte en 2026, un chiffre publié sans une phrase de commentaire

— La Rédaction
Publié le 8 août 2026
Lecture : 6 min
Silo de maïs fourrage en cours de remplissage dans une exploitation laitière
La première estimation chiffrée de la récolte 2026 de maïs fourrage a été publiée le 7 août 2026.
Agreste a mis en ligne le 7 août sa première estimation chiffrée de la récolte 2026 de maïs fourrage. Le chapô de la note porte sur le maïs grain. Le maïs fourrage, lui, n’a droit qu’à une ligne de tableau et une incise. Cette ligne annonce 11,4 millions de tonnes contre 15,5 l’an dernier.

Le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture a publié le 7 août 2026 le numéro 98 de ses Infos Rapides Grandes cultures, signé Jérôme Caray. Les estimations y sont « arrêtées au 1er août 2026 ». Le titre annonce une « forte chute de la production de maïs attendue en 2026 », et le chapô précise de quel maïs il s’agit : le maïs grain, estimé à 9,0 millions de tonnes, « possiblement la plus faible depuis au moins 1980 », en recul de 35 % sur un an, avec un rendement moyen de 70,3 quintaux par hectare. Agreste ajoute qu’« un niveau de rendement aussi bas n’avait plus été atteint depuis 2003 (69,7 q/ha), année de fortes canicules ».

Dans les sept pages de la publication, le mot « fourrage » et son adjectif « fourragère » n’auront été employés que deux fois au total. Une fois en page 1, dans une incise, pour signaler que les prochaines enquêtes permettront « […] notamment de mesurer l’ampleur des réorientations de parcelles en mauvais état vers l’ensilage, dans un contexte de production fourragère déficitaire ». Et une fois en page 3, dans la dernière ligne du tableau de la figure 3. C’est cette ligne-là qui décide de la ration hivernale d’un troupeau laitier.

11,4 Mt

Production française de maïs fourrage estimée pour 2026, contre 15,5 Mt en 2025 : − 26,7 % en un an et − 30,3 % par rapport à la moyenne 2021-2025.
Source : Agreste, Infos Rapides Grandes cultures n° 2026-98, 7 août 2026 (estimations arrêtées au 1er août 2026).

Un choc de rendement, pas un choc de surface

Le tableau donne les trois termes de l’équation. La surface passe de 1 195 à 1 156 milliers d’hectares, soit − 3,3 %. Le rendement, lui, tombe de 129,6 à 98,2 quintaux par hectare, soit − 24,2 %. La sole a donc à peine bougé : c’est l’hectare qui a rendu un quart de moins.

La comparaison avec le maïs grain éclaire la différence de nature entre les deux situations. Côté grain, la production s’effondre d’abord parce que les semis avaient déjà reculé : Agreste retient une « réduction des surfaces cultivées (- 21 % sur un an) » à laquelle s’ajoute une baisse du rendement de 19 %. Côté fourrage, la surface est restée en place et c’est la culture qui n’a pas produit.

La publication ne dit pas à quelle base se rapporte ce rendement. Le tableau écrit « rendement (q/ha) », sans plus de précision, pour le blé comme pour le maïs fourrage. Or la statistique agricole annuelle exprime le rendement du maïs fourrage en matière sèche : la DRAAF Bretagne, service régional de la statistique agricole, libelle la ligne « Rendement maïs fourrage » et en donne l’unité, « tonne de matière sèche par ha », dans ses publications sur les productions fourragères. Lu ainsi, le rendement national 2026 s’établit à 9,8 tonnes de matière sèche par hectare, contre 13,0 en 2025.

Entre l’est et l’ouest, un écart de un à trois

Le fichier départemental publié avec la note permet de descendre sous la moyenne nationale. Agreste y raisonne en anciennes régions administratives — c’est le libellé de la colonne. Le résultat est brutal : trois d’entre elles perdent plus de la moitié de leur récolte et une quatrième s’en approche, quand, dans l’Ouest, la Bretagne et la Haute-Normandie restent sous les 20 %.

Ancienne région Surface Rendement Production
Champagne-Ardenne − 2,6 % − 51,1 % − 52,4 %
Lorraine − 6,3 % − 48,8 % − 52,1 %
Franche-Comté − 8,0 % − 47,8 % − 51,9 %
Bourgogne − 11,3 % − 40,3 % − 47,1 %
Pays de la Loire − 13,0 % − 20,8 % − 31,1 %
Nord-Pas-de-Calais + 0,2 % − 25,0 % − 24,9 %
Basse-Normandie − 3,9 % − 18,3 % − 21,5 %
Haute-Normandie − 2,7 % − 15,4 % − 17,7 %
Bretagne − 2,5 % − 14,4 % − 16,6 %

Évolutions 2026/2025 telles que publiées par Agreste dans le fichier départemental de l’Infos Rapides n° 2026-98. Sélection de la rédaction : les quatre plus fortes baisses, puis les cinq anciennes régions les plus productrices de l’Ouest et du Nord.

À l’échelle du département, l’amplitude est bien plus large encore. Parmi les départements ayant produit plus de 100 000 tonnes en 2025, elle va de − 10,1 % en Ille-et-Vilaine à − 56,7 % en Haute-Saône ; sur l’ensemble des départements, petits producteurs compris, elle atteint − 90,8 % dans l’Aube, tandis que cinq départements très peu producteurs affichent une production en hausse. Le trio de tête de la production reste inchangé — Manche, Ille-et-Vilaine, Côtes-d’Armor — mais le classement bouge juste en dessous : la Mayenne, cinquième producteur français en 2025, tombe au septième rang en 2026 après avoir perdu près d’un tiers de sa récolte (− 32,5 %). La Manche, premier producteur, attend 1 134 milliers de tonnes contre 1 429 l’an dernier, soit − 20,6 %. Toujours parmi les départements au-dessus de 100 000 tonnes, les reculs les plus forts après la Haute-Saône sont ceux de la Moselle (− 53,9 %), de la Meuse et de l’Aveyron (− 52,9 % chacun).

32 départements affichent déjà plus de surface de maïs fourrage qu’en 2025

C’est le mouvement qu’Agreste annonce sans le chiffrer, et qui est pourtant déjà visible dans ses propres données. Sur les 86 départements renseignés pour le maïs fourrage, 32 affichent une surface supérieure à celle de 2025 (décompte de la rédaction sur le fichier départemental).

Un second élément, vérifiable dans les publications successives d’Agreste, va dans le même sens : la surface nationale de maïs fourrage a été révisée à la hausse entre deux estimations. L’estimation arrêtée au 1er juillet, publiée le 15 juillet, la donnait à 1 132 milliers d’hectares — sans rendement ni production, encore indisponibles à cette date pour cette culture. Celle arrêtée au 1er août la porte à 1 156 milliers d’hectares, soit près de 24 milliers d’hectares de plus en un mois. Le sens du mouvement correspond à celui que décrit la note : des parcelles en mauvais état réorientées vers l’ensilage.

Le cas le plus démonstratif est celui de l’ancienne région Midi-Pyrénées : la surface de maïs fourrage y bondit de 48,4 % pendant que le rendement chute de 38,3 %. Résultat affiché : une production en recul de seulement 8,4 %. Même mécanique, à moindre échelle, en Auvergne (+ 16,4 % de surface, rendement − 29,4 %, production − 17,8 %) et en Rhône-Alpes (+ 13,4 % de surface, rendement − 36,2 %, production − 27,6 %).

La conséquence de lecture est importante. Là où des hectares supplémentaires ont été mis à l’ensilage, la baisse de production affichée est plus faible que la perte subie par hectare. Le − 26,7 % national mesure donc ce qui rentrera en silo — pas ce qu’une parcelle de maïs fourrage a produit cette année.

Ces chiffres bougeront, et Agreste le dit lui-même. La publication précise qu’« à ce stade de la campagne où les récoltes n’ont pas encore commencé, ces prévisions restent préliminaires et seront précisées dans les prochains mois, sur la base d’enquêtes plus larges auprès des exploitants agricoles ». La note méthodologique du fichier de données ajoute que, pour les cultures récoltées en été, les résultats de l’enquête Terres labourables — environ 17 000 exploitants interrogés — ne sont intégrés aux estimations de rendement qu’« à partir de septembre ou octobre », « selon le calendrier des moissons en région ». Le même fichier porte un avertissement explicite : « Il convient d’utiliser les données provisoires 2026 avec précaution, en particulier au niveau départemental ».

L’indicateur que cite Agreste pour expliquer la campagne

Pour justifier le décrochage, la note renvoie en note de bas de page à un dispositif de suivi de FranceAgriMer, Céré’Obs. Au 27 juillet 2026, « seulement 34 % des surfaces de maïs grain se développent dans de bonnes à très bonnes conditions, la part la plus faible depuis que les rapports Céré’Obs sont disponibles (2011) ». La moyenne des cinq campagnes précédentes s’établissait, « à la même époque », à 76 %. Six semaines plus tôt, au 15 juin 2026, la proportion était encore de 84 %.

Cet indicateur porte sur le maïs grain : la note de bas de page écrit bien « 34 % des surfaces de maïs grain ». Il donne néanmoins la chronologie de la campagne — une situation encore normale à la mi-juin, dégradée en six semaines, c’est-à-dire pendant la floraison.

Ce que le tableau ajoute à ce que l’on savait déjà

Fin juillet, le magazine avait traité la dimension qualitative du problème : des chantiers d’ensilage exceptionnellement précoces et une part de parcelles récoltées sans grain, avec ce que cela change à l’équilibre entre amidon et fibres dans la ration, et donc aux taux du lait (Ensilages 2026 : le maïs rentre en silo dès la fin juillet, et souvent sans épi).

Le tableau du 7 août ajoute la dimension quantitative, qui manquait. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que vaut le fourrage récolté, mais combien il y en aura. Pour un atelier de transformation, la question se pose en deux temps : le volume de lait disponible à la cuve à partir de l’automne, et le coût d’achat du fourrage manquant sur un marché où plusieurs bassins cherchent en même temps à se réapprovisionner.

Le chiffre à regarder n’est pas le national. Agreste publie, en accès libre et avec la note, un fichier de données départementales et un fichier régional. Un déficit de près de 17 % en Bretagne et un déficit de 52 % en Lorraine n’appellent ni les mêmes décisions d’achat, ni le même calendrier. Le prochain rendez-vous est connu : l’encadré méthodologique de la note indique un numéro d’Infos Rapides Grandes cultures par mois, sauf en janvier et en mars — le suivant est donc attendu en septembre. Quant aux rendements issus de l’enquête pour les cultures d’été, la note méthodologique du fichier de données précise qu’ils sont intégrés « à partir de septembre ou octobre ».

Cette information vous est utile ? Transformation Laitière suit les publications officielles qui touchent l’atelier laitier : cotations, agréments, réglementation, aides et campagne fourragère. Notre suivi de la campagne 2026 se poursuit à chaque nouvelle estimation.

Lire notre analyse des ensilages 2026

Questions fréquentes

De combien la récolte de maïs fourrage 2026 recule-t-elle en France ?

Agreste estime la production française 2026 de maïs fourrage à 11 354 milliers de tonnes, contre 15 483 milliers de tonnes en 2025, soit une baisse de 26,7 % sur un an et de 30,3 % par rapport à la moyenne 2021-2025. Cette estimation est arrêtée au 1er août 2026 et a été publiée le 7 août 2026.

La baisse vient-elle des surfaces ou des rendements ?

Des rendements. La surface recule de 3,3 % seulement, à 1 156 milliers d’hectares, tandis que le rendement passe de 129,6 à 98,2 quintaux par hectare, soit une baisse de 24,2 %. La situation est inverse de celle du maïs grain, dont la production chute d’abord sous l’effet d’un recul des surfaces de 21 %.

Quelles régions sont les plus touchées ?

Selon le fichier départemental d’Agreste, raisonné en anciennes régions administratives, la production recule de 52,4 % en Champagne-Ardenne, de 52,1 % en Lorraine, de 51,9 % en Franche-Comté et de 47,1 % en Bourgogne. Parmi les grands bassins laitiers de l’Ouest et du Nord, les baisses les plus contenues sont observées en Bretagne (− 16,6 %), en Haute-Normandie (− 17,7 %) et en Basse-Normandie (− 21,5 %). Au niveau national, le recul le plus faible est celui de Midi-Pyrénées (− 8,4 %), où la surface a bondi de 48,4 %.

Pourquoi certains départements augmentent-ils leur surface de maïs fourrage ?

Parce que des parcelles de maïs grain en mauvais état sont réorientées vers l’ensilage. Agreste annonce dans sa note que les prochaines enquêtes permettront « […] notamment de mesurer l’ampleur des réorientations de parcelles en mauvais état vers l’ensilage, dans un contexte de production fourragère déficitaire ». Sur les 86 départements renseignés, 32 affichent déjà une surface supérieure à celle de 2025, et la surface nationale a été révisée de 1 132 à 1 156 milliers d’hectares entre l’estimation arrêtée au 1er juillet et celle arrêtée au 1er août.

Le rendement de 98,2 quintaux par hectare est-il exprimé en matière sèche ?

La publication du 7 août écrit « rendement (q/ha) » sans préciser la base. La statistique agricole annuelle exprime toutefois le rendement du maïs fourrage en matière sèche, unité que la DRAAF Bretagne libelle explicitement « tonne de matière sèche par ha » dans ses publications sur les productions fourragères. Lu ainsi, le rendement 2026 correspond à 9,8 tonnes de matière sèche par hectare, contre 13,0 en 2025.

Ces chiffres sont-ils définitifs ?

Non. Agreste indique que les prévisions « restent préliminaires et seront précisées dans les prochains mois ». Pour les cultures récoltées en été, les résultats de l’enquête Terres labourables, qui interroge environ 17 000 exploitants, ne sont intégrés aux estimations de rendement qu’« à partir de septembre ou octobre ». Le fichier départemental recommande d’utiliser les données provisoires 2026 « avec précaution, en particulier au niveau départemental ».

Les évolutions par ancienne région et par département citées dans cet article sont celles publiées par Agreste dans le fichier de données départementales joint à l’Infos Rapides Grandes cultures n° 2026-98. Le décompte des 32 départements en hausse de surface, ainsi que la comparaison des surfaces entre les estimations de juillet et d’août, sont établis par la rédaction à partir des fichiers publiés par Agreste. Il s’agit d’estimations provisoires, arrêtées au 1er août 2026.
Sources : Agreste, Infos Rapides Grandes cultures n° 2026-98, « Forte chute de la production de maïs attendue en 2026 », service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, paru le 7 août 2026, et fichiers de données départementales et régionales associés — Agreste, Infos Rapides Grandes cultures n° 2026-88, paru le 15 juillet 2026, et son fichier départemental — FranceAgriMer, Céré’Obs, situation au 27 juillet 2026, citée par Agreste — DRAAF Bretagne, publications Productions fourragères 2024 et Productions fourragères 2025, service régional de la statistique agricole.
— La Rédaction


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