Électricité : le tarif réglementé bleu professionnel a augmenté de 2,93 % hors taxes en moyenne le 1er août

Le froid ne s’arrête jamais. Le tank à lait, la chambre froide, la cave d’affinage tournent la nuit, le dimanche et au mois d’août. C’est ce qui fait de l’électricité un poste que l’artisan transformateur subit plus qu’il ne le pilote — et c’est pourquoi la décision publiée au Journal officiel du 31 juillet mérite dix minutes d’attention.
Le mouvement tarifaire du 1er août 2026 a fait la une pour les ménages, sous la forme d’une moyenne de + 2,5 % toutes taxes comprises — le titre du communiqué de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) du 16 juillet. Ce n’est ni la bonne base, ni le bon barème pour un atelier de transformation. La décision du 29 juillet 2026 relative aux tarifs réglementés de vente de l’électricité applicables aux consommateurs non résidentiels en France métropolitaine continentale a été publiée au Journal officiel n° 0177 du 31 juillet 2026. Elle vise la délibération de la CRE n° 2026-147 du 15 juillet 2026 et l’avis du Conseil supérieur de l’énergie du 23 juillet 2026.
C’est son article 1er qui rend le mouvement opposable : les tarifs applicables aux consommateurs non résidentiels « sont fixés conformément à l’annexe B2 de la proposition de la Commission de régulation de l’énergie du 15 juillet 2026 annexée à la présente décision ». L’article 2 précise que la décision entre en vigueur le 1er août 2026. La délibération de la CRE, seule, n’était qu’une proposition ; c’est la décision ministérielle qui la fait entrer dans le droit.
Dans cette délibération, la CRE distingue explicitement deux mouvements de niveau moyen : + 3,12 % hors taxes pour les tarifs bleus résidentiels et + 2,93 % hors taxes pour les tarifs bleus professionnels. Autrement dit, le chiffre relayé partout depuis mi-juillet n’est pas celui qui s’applique à votre atelier.
+ 2,93 % HT, soit + 4,74 €/MWh HT — évolution du niveau moyen des tarifs bleus professionnels au 1er août 2026.
+ 3,12 % HT, soit + 5,08 €/MWh HT, pour les tarifs bleus résidentiels.
Source : CRE, délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026.
Première question : êtes-vous seulement concerné ?
Deux critères distincts se superposent, et les confondre mène à des conclusions fausses.
Le droit au tarif réglementé dépend de la taille de l’entreprise. Dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er février 2025, l’article L. 337-7 du code de l’énergie ouvre les tarifs réglementés, à leur demande, aux consommateurs finals non domestiques qui emploient moins de dix personnes et dont le chiffre d’affaires, les recettes ou le total de bilan annuels n’excèdent pas 2 millions d’euros. Cette rédaction ne comporte plus aucune condition de puissance souscrite : celle qui figurait dans la version précédente a été supprimée.
Le barème applicable, lui, dépend de la puissance. L’annexe de la décision du 29 juillet réserve le « Tarif Bleu » aux sites raccordés en basse tension (tension de raccordement inférieure ou égale à 1 kV) dont la puissance maximale souscrite est inférieure ou égale à 36 kVA. Au-delà de 36 kVA en basse tension, c’est le « Tarif Jaune », objet d’une autre décision du 29 juillet 2026 publiée au même Journal officiel ; en haute tension, le « Tarif Vert ». Ces tarifs restent des tarifs réglementés.
Installer un pasteurisateur ou un groupe froid supplémentaire, et passer ainsi au-dessus de 36 kVA, ne fait pas sortir du tarif réglementé : cela fait changer de barème, du Bleu vers le Jaune, avec une évolution qui n’est pas celle de + 2,93 % commentée ici.
Ce qui fait réellement sortir du tarif réglementé, ce sont les deux seuils d’entreprise. Et l’article L. 337-7 est net sur la suite : les clients non domestiques attestent préalablement qu’ils remplissent ces critères, en portent la responsabilité, et sont tenus de résilier leur contrat au tarif réglementé dès lors qu’ils ne les respectent plus. Un dixième salarié embauché en saison est donc un sujet à traiter, pas à découvrir.
D’où vient la hausse : du réseau et de la capacité, pas de l’énergie
C’est le point qui change la façon de réagir. La CRE détaille les briques de coût pour les clients non résidentiels aux tarifs réglementés :
- La composante de capacité : + 1,93 % HT en moyenne, soit + 3,13 €/MWh HT ;
- La composante d’acheminement (le tarif d’utilisation des réseaux, ou TURPE) : + 1,23 % HT en moyenne, soit + 2,00 €/MWh HT.
La brique capacité est la nouveauté de l’été. L’ancien mécanisme de capacité a été réformé par l’article 19 de la loi n° 2025-127 de finances pour 2025, et la première enchère du nouveau mécanisme s’est tenue le lundi 6 juillet 2026 pour l’hiver 2026-2027. Le prix issu de cette enchère s’établit à 28 183 €/MW ; compte tenu des volumes contractualisés, du prix plafond intermédiaire fixé à 15 000 €/MW et du volume de dérogations à ce plafond, le prix à répercuter dans les offres de fourniture ressort à 18 646,63 €/MW (y compris TVA) pour cet hiver. La CRE a choisi d’étaler ce coût sur douze mois à partir du 1er août 2026.
Côté réseau, le TURPE 7 HTA-BT augmente de 3,04 % au 1er août 2026, conformément à la délibération de la CRE du 21 mai 2026. En sens inverse, l’accise sur l’électricité baisse le même jour pour les clients dont la puissance souscrite est inférieure ou égale à 36 kVA, passant de 30,85 €/MWh à 30,62 €/MWh : un effet de − 0,23 €/MWh, qui atténue légèrement la facture toutes taxes comprises sans changer le mouvement hors taxes.
Les deux briques que la CRE met en avant pour expliquer la hausse des tarifs professionnels — capacité et acheminement — ne sont pas des coûts d’énergie. Elles se retrouvent, sous une forme ou une autre, dans les offres de marché comme au tarif réglementé. Changer de fournisseur ne les fait pas disparaître. Ce qui se pilote réellement dans un atelier, c’est la puissance souscrite, l’option tarifaire et le placement horaire des consommations déplaçables.
Ce que l’annexe ouvre encore comme options
La même annexe liste les options ouvertes aux sites faisant un usage non résidentiel de l’électricité. Les deux principales pour un atelier raccordé au réseau sont :
- Option Base Non Résidentiel : une seule période tarifaire, puissance souscrite à choisir parmi 3, 6, 9, 12, 15, 18, 24, 30 et 36 kVA ;
- Option Heures Creuses Non Résidentiel : deux périodes tarifaires, 16 heures par jour en heures pleines et 8 heures en heures creuses, puissance souscrite parmi 6, 9, 12, 15, 18, 24, 30 et 36 kVA. Le texte précise que les horaires sont déterminés localement par le gestionnaire du réseau auquel le site est raccordé : ils ne sont pas les mêmes partout, et c’est à vérifier avant de bâtir un planning.
Trois autres options figurent dans l’annexe mais sont en extinction : le Tarif Universel A 36 kVA Non Résidentiel, l’option Tempo Non Résidentiel et l’option EJP Non Résidentiel. Elles ne sont plus proposées et ne s’appliquent que dans les conditions prévues par l’article R. 337-20 du code de l’énergie. Point important pour un atelier qui s’agrandit : l’annexe précise que, pour ces options en extinction, le client ne peut pas modifier sa puissance souscrite.
Quelles consommations se déplacent vraiment dans un atelier laitier
Toutes ne se déplacent pas, et c’est là qu’il faut être honnête. Le maintien en température d’un tank à lait, d’une chambre froide de produits finis ou d’une cave d’affinage n’est pas un poste flexible : il répond à une obligation sanitaire, pas à un signal de prix. En revanche, plusieurs consommations d’atelier se programment :
- le chauffage de l’eau de lavage et les cycles de nettoyage en fin de journée ;
- la production de glace ou d’eau glacée stockée, quand l’installation dispose d’une réserve ;
- la mise en froid après chargement d’une cellule, lorsqu’elle peut être anticipée ou décalée ;
- les opérations de conditionnement groupées sur une plage horaire choisie plutôt que dispersées.
Aucun arbitrage tarifaire ne justifie de relâcher la maîtrise des températures. Un déplacement de consommation ne doit jamais se traduire par une remontée en température d’un produit réfrigéré, ni par une rupture de la chaîne du froid : c’est un point de contrôle sanitaire, pas une variable d’ajustement économique.
Trois vérifications à faire sur la facture d’août
- Le régime de prix. Tarif réglementé ou offre de marché ? Le mouvement du 1er août ne s’impose qu’au premier. Si vous êtes en offre de marché, votre contrat suit ses propres règles d’indexation — mais la hausse du TURPE et le nouveau mécanisme de capacité, eux, se répercutent aussi, selon les modalités de votre contrat.
- La puissance souscrite. Une puissance surdimensionnée se paie toute l’année sur l’abonnement. Une puissance trop juste fait disjoncter au pire moment. La liste des paliers ouverts figure ci-dessus.
- L’option tarifaire. Base ou heures creuses ? La réponse dépend de la part de vos consommations effectivement déplaçables et des horaires d’heures creuses fixés par votre gestionnaire de réseau, qui varient d’un site à l’autre.
Rappelons enfin que les prix figurant dans les barèmes de la décision s’entendent hors taxes, redevances et contributions. Un pourcentage d’évolution du tarif hors taxes n’est donc pas un pourcentage d’évolution de la facture : celle-ci dépend aussi de l’abonnement, des taxes et, bien sûr, du volume consommé.
Maîtriser le froid, c’est d’abord maîtriser ses points de contrôle
Déplacer une consommation sans fragiliser la chaîne du froid suppose de savoir où sont vos points critiques et comment ils sont surveillés. La formation HACCP en ligne pour le chef d’entreprise reprend ces bases, températures et enregistrements compris.
Questions fréquentes
De combien le tarif réglementé professionnel a-t-il augmenté le 1er août 2026 ?
La CRE, dans sa délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026, propose une évolution du niveau moyen de + 2,93 % hors taxes, soit + 4,74 €/MWh HT, pour les tarifs bleus professionnels, contre + 3,12 % hors taxes pour les tarifs bleus résidentiels. Il s’agit d’une évolution du niveau moyen du tarif hors taxes, et non d’une évolution de la facture : celle-ci dépend aussi de l’abonnement, des taxes et du volume consommé.
Quel texte a rendu ce mouvement applicable ?
La décision du 29 juillet 2026 relative aux tarifs réglementés de vente de l’électricité applicables aux consommateurs non résidentiels en France métropolitaine continentale, publiée au Journal officiel n° 0177 du 31 juillet 2026. Son article 1er fixe les tarifs conformément à l’annexe B2 de la proposition de la CRE du 15 juillet 2026, et son article 2 prévoit une entrée en vigueur le 1er août 2026.
Mon atelier a-t-il droit au tarif réglementé ?
L’éligibilité dépend de l’article L. 337-7 du code de l’énergie, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er février 2025 : sont concernés, à leur demande, les consommateurs finals non domestiques employant moins de dix personnes et dont le chiffre d’affaires, les recettes ou le total de bilan annuels n’excèdent pas 2 millions d’euros. Cette rédaction ne pose plus de condition de puissance souscrite.
Que se passe-t-il si mon atelier dépasse 36 kVA ?
Le site sort du barème « Tarif Bleu », réservé aux sites raccordés en basse tension de puissance maximale souscrite inférieure ou égale à 36 kVA, mais pas du tarif réglementé. Au-delà de 36 kVA en basse tension s’applique le « Tarif Jaune », objet d’une autre décision du 29 juillet 2026 publiée au même Journal officiel ; en haute tension, le « Tarif Vert ». L’évolution de + 2,93 % commentée ici ne concerne que le barème bleu.
Pourquoi l’augmentation ne vient-elle pas du prix de l’énergie ?
La CRE chiffre pour les clients non résidentiels une hausse de 1,93 % HT au titre de la composante de capacité et de 1,23 % HT au titre de l’acheminement. Le TURPE 7 HTA-BT progresse de 3,04 % au 1er août 2026, et la première enchère du nouveau mécanisme de capacité s’est tenue le 6 juillet 2026 pour l’hiver 2026-2027.
L’accise sur l’électricité a-t-elle changé le même jour ?
Oui. Pour les clients dont la puissance souscrite est inférieure ou égale à 36 kVA, l’accise passe de 30,85 €/MWh à 30,62 €/MWh au 1er août 2026, soit un effet de − 0,23 €/MWh sur le tarif toutes taxes comprises.
Les options Tempo et EJP sont-elles encore accessibles ?
Non pour de nouvelles souscriptions : l’annexe de la décision les classe en extinction, avec le Tarif Universel A 36 kVA. Elles ne s’appliquent que dans les conditions prévues par l’article R. 337-20 du code de l’énergie, et un client qui y est resté ne peut pas modifier sa puissance souscrite.
— La Rédaction