Un euro hors taxes de produits laitiers en grande surface : 37 centimes pour le lait, 33 pour la laiterie, 30 pour le magasin

MARCHÉ DU LAIT

Un euro hors taxes de produits laitiers en grande surface : 37 centimes pour le lait, 33 pour la laiterie, 30 pour le magasin

Août 2026Marché du lait— La Rédaction
Rayon de produits laitiers en grande surface, lait, beurre et fromages
Le rapport 2026 de l’Observatoire modélise une laiterie fictive qui ne fabriquerait que cinq produits. C’est un modèle, pas une photographie de votre atelier.

Le rapport au Parlement de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a été publié le 9 juillet 2026. Sa section laitière répond à la question que tout le monde pose sur les marchés : quand un consommateur paie ses produits laitiers en grande surface, qui touche quoi ? La réponse tient en trois nombres — hors taxes — et en un avertissement que presque personne ne lit.

C’est la question la plus fréquente derrière un étal de vente directe, et souvent la plus mal renseignée. Le client compare votre prix à celui du rayon frais de sa grande surface, et il vous demande, plus ou moins gentiment, où part l’argent. Depuis 2010, un organisme public répond à cette question chiffres à l’appui : l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM), présidé par Sophie Devienne (AgroParisTech), dont le secrétariat est assuré par FranceAgriMer. Son rapport au Parlement 2026 a été mis en ligne le 9 juillet 2026.

L’Observatoire y suit 34 produits (ou paniers de produits) représentatifs de 10 filières. Les produits laitiers de vache occupent une section entière. Voici ce qu’elle dit, et surtout ce qu’elle ne dit pas.

Ce que l’Observatoire a mis dans le panier

Pour que les variations de prix des produits induits — les coproduits et les excédents que la laiterie doit écouler en produits industriels — ne perturbent pas, d’une année sur l’autre, la lecture du coût de la matière première, l’Observatoire complète depuis le rapport 2023 son analyse par un panier de cinq produits de grande consommation : lait demi-écrémé UHT, yaourt nature, camembert, emmental et beurre en plaquette. Les proportions ne sont pas choisies au hasard : elles sont calées pour que le panier contienne la même part de matière grasse que le lait de collecte, soit 56 % de matière grasse dans la matière sèche utile.

Résultat, ce panier correspond à une laiterie théorique sans aucun coproduit : tout le lait entrant ressort dans les cinq produits. La pondération retenue, exprimée en part de valeur d’après le panel Kantar sur la période avril 2018 – mars 2022, est de 34 % pour le lait UHT demi-écrémé, 30 % pour l’emmental, 16 % pour le yaourt nature, 10 % pour le beurre et 9 % pour le camembert.

Dernier repère, et le plus parlant pour un transformateur : 7 litres de lait de collecte donnent 4,33 kg de ce panier, soit environ 1,6 litre de lait par kilo de panier.

2,35 € le kilo

C’est le prix moyen annuel au détail en grande surface, toutes taxes comprises, d’un kilo de ce panier laitier en 2025. Il était de 1,82 € en 2020.

Source : OFPM, rapport au Parlement 2026, graphique 125.

2025 : le prix du lait monte de 5 %, le prix au détail de 1,5 %

La lecture que l’Observatoire donne lui-même de l’année 2025 sur ce panier est la suivante : + 1,5 % sur le prix au détail, + 4,3 % sur la marge brute de la grande distribution, − 4,5 % sur la marge brute de l’industrie, + 5 % sur le prix du lait payé au producteur.

Autrement dit, sur ce modèle, la hausse du prix du lait de 2025 n’a pas été répercutée au consommateur à la même vitesse. Elle a été absorbée par la transformation, pendant que la distribution élargissait légèrement sa marge brute.

Attention à la base de calcul, elle change tout. Sur les 2,35 € payés en caisse pour un kilo de panier, 0,12 € est de la TVA. C’est le reste, hors TVA, que l’Observatoire décompose ainsi pour 2025 :

Maillon Part du prix au détail hors TVA (2025) Rappel 2020
Coût d’achat de la matière première (ici, le prix du lait payé au producteur) 37,4 % 35,0 %
Marge brute de la transformation 32,9 % 33,8 %
Marge brute de la distribution 29,8 % 31,2 %

Sur ce panier précis, la part revenant au producteur de lait est donc supérieure en 2025 à ce qu’elle était en 2020, et la part de la grande distribution est inférieure. Ce n’est pas le sens du récit habituel, et cela mérite d’être manié avec précaution : l’Observatoire signale lui-même une rupture de série sur les prix de vente industriels de l’Insee, corrigée par rétropolation jusqu’en 2020.

L’avertissement que presque personne ne lit

Voici le point sur lequel un article grand public se trompe une fois sur deux. Ces trois pourcentages ne sont pas des bénéfices. L’Observatoire le rappelle noir sur blanc dans son chapitre de méthode :

« Marge brute = prix de vente – coût d’achat, elle peut donc se calculer à partir des prix des produits. La marge brute n’est pas la marge nette. Elle finance aussi les autres charges (emballages, énergie, salaires, investissements…). »

Les 32,9 % attribués à la transformation ne sont pas la marge de la laiterie au sens où on l’entend d’ordinaire. Ce montant doit encore payer les emballages, l’énergie, les salaires, le transport, l’entretien et l’amortissement du matériel. La marge nette, elle, se calcule à partir des comptes d’entreprise, et l’Observatoire lui consacre des travaux distincts. Confondre les deux, c’est comme confondre votre chiffre d’affaires et votre revenu.

Produit par produit, cinq histoires très différentes

Le panier lisse les écarts. Pris un par un, les cinq produits racontent des trajectoires opposées en 2025, telles que l’Observatoire les résume.

Une précaution de lecture s’impose ici. Pour ces produits pris individuellement — le beurre excepté —, le coût d’achat de la matière première n’est pas le prix du lait : l’Observatoire en retranche la valorisation des coproduits que la laiterie modélisée doit écouler par ailleurs. Ce coût peut donc reculer une année où le prix du lait, lui, monte. C’est ce qui s’est passé en 2025 pour trois des quatre produits concernés — l’emmental faisant exception.

  • Yaourt nature : + 2,7 % de prix au détail, + 8,3 % de marge brute pour la grande surface, + 1,8 % pour l’industrie, mais − 6,9 % de coût d’achat de la matière première.
  • Lait demi-écrémé UHT : + 2 % de prix au détail, + 4 % de marge brute pour la grande surface, + 4 % pour l’industrie, − 4 % de coût d’achat de la matière première.
  • Emmental : − 0,6 % de prix au détail, − 0,8 % de marge brute en grande surface, − 4,2 % pour l’industrie, + 0,8 % de coût de la matière première.
  • Camembert : + 0,3 % de prix au détail, + 1,7 % de marge brute en grande surface, + 0,6 % pour l’industrie, − 1,3 % de coût de la matière première.
  • Beurre en plaquette de 250 g : le prix moyen au détail toutes taxes comprises atteint 10,34 € le kilo en 2025, contre 9,83 € en 2024. Le coût d’achat de la matière grasse du lait, dans le modèle de l’Observatoire, augmente de 17 %.

Le beurre fait bande à part, et l’Observatoire l’explique : c’est à la fois un produit de grande consommation, un produit de report et un coproduit industriel, composé à 82 % de matière grasse. Son modèle de calcul de la matière première n’est donc pas celui des quatre autres produits.

Si vous devez répondre à un client sur les marges, citez le chiffre en nommant sa base : « d’après l’Observatoire public des prix et des marges, sur un panier de cinq produits laitiers vendus en grande surface, environ 37 % du prix hors taxes correspondait en 2025 au prix du lait payé au producteur ». C’est vérifiable, c’est daté, et cela vous évite de dire un chiffre que vous ne pourrez pas défendre. Ne présentez jamais les 30 % de la distribution comme un bénéfice : c’est une marge brute.

Ce que ça change pour un atelier qui transforme et vend en direct

Vous ne vendez pas en grande surface, et ce panier ne décrit pas votre atelier. Il reste utile pour trois raisons.

Premièrement, il vous donne une grille de lecture de votre propre prix. Quand vous transformez et vendez vous-même, vous occupez les trois maillons à la fois. Vous encaissez donc 100 % du prix — mais vous supportez aussi les trois blocs de charges : celui de la production laitière, celui de la transformation, celui de la commercialisation. Le seul avantage réel est de ne pas payer trois fois une marge à quelqu’un d’autre ; ce n’est pas de travailler à coût nul.

Deuxièmement, il chiffre le rapport matière. Environ 1,6 litre de lait par kilo de panier de produits finis : c’est un ordre de grandeur à connaître quand on calcule un prix de revient ou qu’on négocie un achat de lait auprès d’un voisin.

Troisièmement, il désamorce une conversation. Face à un client convaincu que « tout part dans la marge du magasin », un chiffre public daté vaut mieux qu’une opinion. Et il justifie mieux votre prix que n’importe quel argument sentimental.

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Questions fréquentes

Combien revient au producteur sur un euro de produits laitiers vendus en grande surface ?

Sur le panier de cinq produits laitiers suivi par l’Observatoire de la formation des prix et des marges, le coût d’achat de la matière première représente 37,4 % du prix au détail hors TVA en 2025. Dans ce modèle de panier, ce coût est par construction égal au prix du lait payé au producteur, parce que la laiterie modélisée ne produit aucun coproduit.

Quels produits composent ce panier laitier ?

Cinq produits de grande consommation : lait demi-écrémé UHT, yaourt nature, camembert, emmental et beurre en plaquette. Leur pondération en part de valeur, d’après le panel Kantar sur la période avril 2018 – mars 2022, est de 34 % pour le lait UHT, 30 % pour l’emmental, 16 % pour le yaourt, 10 % pour le beurre et 9 % pour le camembert.

Marge brute et marge nette, quelle différence ?

L’Observatoire définit la marge brute comme la différence entre le prix de vente et le coût d’achat. Elle se calcule à partir des prix. La marge nette, elle, est la différence entre les produits reçus au sens comptable et les charges supportées, et se calcule à partir des comptes des entreprises. La marge brute finance encore les emballages, l’énergie, les salaires et les investissements : ce n’est donc pas un bénéfice.

Combien de litres de lait faut-il pour un kilo de ce panier ?

Environ 1,6 litre. Le panier est calibré de telle sorte que 7 litres de lait de collecte donnent 4,33 kg de produits finis.

La part de la grande distribution augmente-t-elle ?

Pas sur ce panier et sur cette période. La marge brute de la distribution représentait 31,2 % du prix au détail hors TVA en 2020 et 29,8 % en 2025. Sa progression en 2025 par rapport à 2024 est de 4,3 % en valeur, mais son poids relatif reste inférieur à celui de 2020. L’Observatoire signale une rupture de série sur les prix de vente industriels de l’Insee, corrigée par rétropolation jusqu’en 2020.

Où trouver le rapport complet ?

Le rapport au Parlement 2026 de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires est publié sur le site de l’Observatoire, hébergé par FranceAgriMer. Il a été mis en ligne le 9 juillet 2026. La partie laitière de vache constitue sa section 5.

Article d’information générale, à jour au 7 août 2026. Source principale : Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, Rapport au Parlement 2026, FranceAgriMer, mis en ligne le 9 juillet 2026, section 5 « Produits laitiers de lait de vache conventionnels et biologiques » (graphiques 114 à 126 cités), chapitre 1 « Méthode générale » et chapitre 2 « Synthèse ». Les pourcentages cités sont exprimés hors TVA et décrivent un panier modélisé de cinq produits de grande consommation vendus en grande surface : ils ne décrivent ni un atelier fermier, ni un circuit court, ni une entreprise réelle en particulier. Les marges citées sont des marges brutes, pas des bénéfices.

— La Rédaction

À lire aussi : Le beurre industriel est tombé à 4 000 euros la tonne, Le cours du beurre au plus bas depuis cinq ans et Cours mondiaux des produits laitiers : ce que dit la dernière enchère.


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