Poudres de lait : six premiers semestres de baisse d’affilée, du jamais-vu depuis 1968

MARCHÉ DU LAIT

Poudres de lait : six premiers semestres de baisse d’affilée, du jamais-vu depuis 1968

— La Rédaction
Publié le 18 août 2026
Lecture : 7 min
Silos et cuves en inox d'un site industriel laitier, alignés sous un ciel dégagé
Au 18 août 2026, la série mensuelle de production laitière de la Commission européenne s’arrête au mois de juin pour la France.

Dans le tableau mensuel de production laitière de la Commission européenne, une ligne française recule pour la sixième année consécutive sur un premier semestre : les poudres de lait et de crème, hors poudre de lait écrémé. À 49,79 milliers de tonnes de janvier à juin 2026, c’est la plus longue séquence de baisses depuis le début de la série, en 1968. Sur le même tableau et les mêmes six mois, la poudre de lait écrémé, elle, progresse.

Nous avons déjà examiné le volet fabrication de ce tableau — lait conditionné, crème, beurre, fromage, poudre écrémée — et son volet collecte. Il reste une septième ligne, la moins commentée et la plus spectaculaire : celle des poudres autres que la poudre écrémée. Elle mérite un article à elle seule, parce qu’elle ne dit pas la même chose que sa voisine.

Six baisses de suite, une première en cinquante-neuf ans

La série française commence en janvier 1968 et s’arrête, au 18 août 2026, au mois de juin. Elle offre donc cinquante-neuf premiers semestres complets. En cumul janvier-juin, en milliers de tonnes :

France, cumul janvier-juin Poudres hors poudre écrémée Variation
2019 54,37
2020 66,04 +11,67
2021 62,32 −3,72
2022 60,70 −1,62
2023 59,62 −1,08
2024 59,59 −0,03
2025 55,28 −4,31
2026 49,79 −5,49

Volumes en milliers de tonnes. Source : Commission européenne, portail de données agroalimentaires, jeu de données mensuel de production laitière, État membre France, série Milk and cream powders, excluding skimmed milk powders. Écarts calculés par la rédaction sur ces seules valeurs.

Six reculs annuels d’affilée, de 2021 à 2026. Sur les cinquante-neuf premiers semestres publiés, aucune autre séquence de baisses ne va aussi loin. Le point de départ de la séquence, 2020, est lui-même un rebond : 66,04 après 54,37 en 2019.

49,79

Milliers de tonnes de poudres de lait et de crème, hors poudre de lait écrémé, fabriquées en France de janvier à juin 2026. Sur les cinquante-neuf premiers semestres de la série, six seulement sont plus bas : 1968, 1969, 1970, 1971, 1972 et 1976 (48,69). Les quarante-neuf années de 1977 à 2025 sont toutes au-dessus.

Le repère de 1976 tient à peu de chose : 1975 affiche 50,00, soit 0,21 millier de tonnes au-dessus de 2026. Sur une série mensuelle révisable, un tel écart peut se déplacer d’une mise à jour à l’autre. Ce qui est robuste, ce n’est pas le millésime de comparaison, c’est la pente : six baisses consécutives et 16,25 milliers de tonnes perdues depuis 2020.

Une baisse qui ne se lit pas dans le mois

Le mois de juin, pris isolément, dit l’inverse : 8,17 milliers de tonnes en juin 2026 contre 6,99 en juin 2025, soit un rebond de 16,9 %. C’est un exemple de ce qu’un mois isolé ne prouve rien sur cette série, très saisonnière : le pic est au printemps, le creux à l’été et à l’automne.

Sur douze mois glissants, l’orientation reste la même. De juillet 2025 à juin 2026, la France a fabriqué 95,75 milliers de tonnes de ces poudres, contre 106,66 sur les douze mois précédents. Ces deux totaux sont des agrégations de la rédaction : la Commission publie les mois, pas les fenêtres glissantes.

Sur années civiles pleines, enfin, le mouvement est continu : 129,26 en 2020, 127,44 en 2021, 118,74 en 2022, 113,07 en 2023, 110,97 en 2024 et 101,24 en 2025.

La poudre écrémée, elle, remonte

C’est le contraste qui rend cette ligne intéressante. Dans le même tableau, sur les mêmes six mois de 2026, la poudre de lait écrémé — une ligne distincte — progresse de 6,8 %, à 219,55 milliers de tonnes, et le beurre de 5,6 %, à 229,27, pendant que la collecte totale de lait de vache cru gagne 2,9 %, à 12 739,22. Nous avions détaillé ces cinq lignes et leur lecture.

Autrement dit : il y a plus de lait, on en sèche davantage sous forme écrémée, on en baratte davantage en beurre — et on en sèche moins sous les autres formes de poudre. C’est une constatation, pas une explication : la série donne des tonnages de produits finis, jamais la destination du lait cru. Elle ne permet pas de dire quelle part de la collecte supplémentaire est partie vers tel ou tel atelier.

Si vous achetez de la poudre pour standardiser un mix, réhydrater ou enrichir en extrait sec, ne raisonnez pas sur « la poudre » en bloc. Les deux familles ne suivent pas la même trajectoire industrielle : demandez à votre fournisseur le type exact — entier, partiellement écrémé, poudre de crème, écrémé — et sécurisez par écrit le volume et le type sur douze mois plutôt que de vous fier au prix ponctuel d’un lot.

Ce que recouvre exactement cette ligne

L’intitulé du jeu de données mensuel est Milk and cream powders, excluding skimmed milk powders, soit « poudres de lait et de crème, hors poudre de lait écrémé ». Dans la nomenclature européenne des produits laitiers, ce poste agrège plusieurs sous-produits : la poudre de lait entier, la poudre de lait partiellement écrémé et la poudre de crème.

Ce poste n’est donc pas l’équivalent de la cotation « WMP » (whole milk powder, poudre de lait entier) publiée par la même Commission dans un autre jeu de données. Les deux périmètres ne coïncident pas et ne doivent pas être rapprochés. Pour information seulement : la cotation européenne WMP de la semaine 32 de 2026 (3 au 9 août) s’établit à 339,56 euros pour 100 kilogrammes, contre 420,48 euros la même semaine de 2025. Côté français, aucun relevé n’a été publié depuis la semaine 29 de 2026 (344,09 euros) — cette série française est structurellement intermittente, ce n’est pas l’indice d’un arrêt de publication.

Ce que ça change pour un transformateur

Trois lectures utiles, à l’échelle d’un atelier.

La poudre n’est plus le débouché de report qu’elle a été. En 1991, le premier semestre français atteignait 173,20 milliers de tonnes sur cette ligne, contre 49,79 en 2026. Un atelier qui envisage de valoriser un excédent saisonnier par un séchage à façon a intérêt à vérifier, très en amont, la disponibilité réelle des capacités et les volumes minimaux exigés.

Le lait est abondant, mais toutes les valorisations n’en profitent pas également. La collecte progresse, le beurre et la poudre écrémée aussi ; ce n’est pas le cas des autres poudres. Une négociation d’approvisionnement gagne à porter sur le produit exact plutôt que sur la catégorie générale.

Pour un producteur fermier, la leçon est ailleurs. Ces chiffres décrivent l’activité des laiteries, pas la transformation à la ferme. Ils disent où va la matière industrielle, ce qui reste un bon indicateur de la concurrence que vous croiserez en rayon — et de celle que vous ne croiserez pas.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Ils ne mesurent pas la consommation. Ce sont des sorties d’usine. Exportations, importations et stocks n’y sont pas isolés.

Ils ne détaillent pas les sous-produits. Le jeu de données mensuel publie le poste agrégé, pas la répartition entre poudre entière, partiellement écrémée et poudre de crème.

Ils ignorent la transformation à la ferme. Comme la ligne collecte, ces séries décrivent l’activité des laiteries.

Ils sont révisables. Les statistiques mensuelles transmises par les États membres peuvent être corrigées lors des mises à jour suivantes.

Reste le fait central, celui qui s’appuie sur cinquante-neuf observations et non sur une : jamais, depuis 1968, le premier semestre de cette ligne n’avait reculé six années de suite.

Questions fréquentes

Quel est le dernier mois disponible pour la production laitière française ?

Au 18 août 2026, la série mensuelle de production laitière publiée par la Commission européenne pour la France s’arrête à juin 2026. Les six premiers mois de l’année sont donc complets, ce qui permet de comparer un premier semestre entier à ceux des cinquante-huit années précédentes, la série française débutant en 1968.

Que recouvre la ligne « poudres de lait et de crème, hors poudre de lait écrémé » ?

Son intitulé exact dans le jeu de données est Milk and cream powders, excluding skimmed milk powders. Dans la nomenclature européenne des produits laitiers, ce poste agrège la poudre de lait entier, la poudre de lait partiellement écrémé et la poudre de crème. La poudre de lait écrémé fait l’objet d’une ligne distincte.

Cette ligne équivaut-elle à la cotation WMP ?

Non. La cotation WMP porte sur la seule poudre de lait entier, tandis que la ligne de production agrège plusieurs types de poudres. Les deux périmètres ne coïncident pas : il ne faut pas lire l’un comme le prix de l’autre.

Où consulter ces données soi-même ?

Elles sont publiées en libre accès sur le portail de données agroalimentaires de la Commission européenne, rubrique produits laitiers, jeu de données mensuel de production. L’intitulé utile est Milk and cream powders, excluding skimmed milk powders, l’unité étant le millier de tonnes.

Sources

Commission européenne, portail de données agroalimentaires (Agri-food data portal), jeu de données mensuel de production laitière, État membre France, séries Milk and cream powders, excluding skimmed milk powders, Skimmed milk powder, Butter, incl. dehydrated butter and ghee, and other fats and oils derived from milk; dairy spreads et Total raw cow’s milk delivered to dairies, unité : milliers de tonnes. Données consultées le 18 août 2026 ; années disponibles pour la France : 1968 à 2026 ; dernier mois renseigné : juin 2026. agridata.ec.europa.eu

Commission européenne, portail de données agroalimentaires, jeu de données hebdomadaire des cotations laitières, série WMP, Union européenne et France, semaines 2025 et 2026. Données consultées le 18 août 2026.

Nomenclature des produits laitiers de l’Office statistique de l’Union européenne (Eurostat), dictionnaire dairyprod, poste Milk and cream powders, excluding skimmed milk powders et postes voisins Whole milk powder, Partly skimmed milk powder, Cream milk powder et Skimmed milk powder. dd.eionet.europa.eu

Les écarts exprimés en pourcentage et les cumuls sur douze mois glissants sont calculés par la rédaction à partir des volumes publiés dans ces seules séries.

Cet article présente une série statistique publique et son interprétation par la rédaction. Il ne constitue ni un conseil d’investissement, ni une prévision de marché. Les données mensuelles transmises par les États membres sont susceptibles d’être révisées.

— La Rédaction


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