Lait de consommation : il faut remonter à 1974 pour trouver un premier semestre plus bas, pendant que le beurre et le fromage remontent

MARCHÉ DU LAIT

Lait de consommation : il faut remonter à 1974 pour trouver un premier semestre plus bas, pendant que le beurre et le fromage remontent

— La Rédaction
Publié le 17 août 2026
Lecture : 7 min
Hall de fabrication d’une laiterie industrielle, lignes de cuves en inox sous un éclairage clair
La série mensuelle de production laitière de la Commission européenne s’arrête, au 17 août 2026, au mois de juin pour la France.

Les laiteries françaises ont conditionné 1 278,31 milliers de tonnes de lait de consommation de janvier à juin 2026. Il faut remonter à 1974 pour trouver un premier semestre plus bas dans la série de la Commission européenne, qui remonte à 1968. Dans le même tableau, sur les mêmes six mois, le beurre signe son meilleur premier semestre depuis 2018 et le fromage de vache repasse au-dessus de 900 000 tonnes pour la première fois depuis 2014.

Le portail de données agroalimentaires de la Commission européenne publie, mois par mois et par État membre, non seulement le lait collecté mais aussi ce que les laiteries en font : lait conditionné, crème, beurre, fromage, poudres. Nous avons déjà examiné le volet collecte de ce même tableau. Le volet fabrication, lui, dit autre chose — et il le dit sur une profondeur de près de soixante ans.

Ce que les laiteries françaises ont fabriqué au premier semestre 2026

Six lignes suffisent à poser le décor. Toutes portent sur la France, en milliers de tonnes, cumulées de janvier à juin.

France, cumul janvier-juin 2025 2026 Écart
Lait de consommation 1 288,36 1 278,31 −0,8 %
Crème de consommation 290,21 285,43 −1,6 %
Beurre et matières grasses laitières 217,09 229,27 +5,6 %
Fromage de lait de vache (pur) 893,01 904,60 +1,3 %
Poudre de lait écrémé 205,49 219,55 +6,8 %
Collecte totale de lait de vache cru 12 375,17 12 739,22 +2,9 %

Volumes en milliers de tonnes. Source : Commission européenne, portail de données agroalimentaires, jeu de données mensuel de production laitière, État membre France. Pourcentages calculés par la rédaction sur ces seules valeurs.

Le partage est net : deux lignes reculent, quatre progressent. Et les deux qui reculent sont précisément les deux produits que le consommateur achète en l’état, la bouteille de lait et la brique de crème.

Le lait conditionné : 42,9 % de moins qu’en 1993

La ligne lait de consommation est celle qui a le plus bougé depuis que la série existe. Quelques repères, toujours en cumul janvier-juin et en milliers de tonnes :

  • 1968 : 1 225,29 — première année de la série
  • 1973 : 1 141,00 — le point bas de la série
  • 1984 : 1 786,70
  • 1993 : 2 240,60 — le point haut de la série
  • 2002 : 2 025,29
  • 2010 : 1 749,63
  • 2020 : 1 605,21
  • 2025 : 1 288,36
  • 2026 : 1 278,31

Entre le premier semestre 1993, point haut de la série, et le premier semestre 2026, la fabrication française de lait conditionné a perdu 962,29 milliers de tonnes, soit 42,9 % de son volume. La descente n’a rien d’une ligne droite : partie de 1 900,49 en 2008, la série est tombée à 1 278,31 en 2026 avec cinq années de rebond sur le parcours (2012, 2013, 2016, 2020 et 2023). Le recul de la dernière année, −0,8 %, est en soi modeste ; ce qui compte, c’est le niveau atteint.

1 278,31Milliers de tonnes de lait de consommation fabriquées en France de janvier à juin 2026. Il faut remonter à 1974 (1 169,80) pour trouver un premier semestre plus bas : les cinquante et une années de 1975 à 2025 sont toutes au-dessus.

La crème de consommation suit la même direction, sur une histoire plus courte. Avec 285,43 milliers de tonnes, le premier semestre 2026 est le plus bas depuis 2022 (278,91), après un sommet à 293,30 en 2024, qui reste le plus haut premier semestre de toute la série. Deux baisses annuelles consécutives, donc, sur un produit dont le premier semestre progressait sans discontinuer depuis 2015.

Le beurre repart, le fromage repasse au-dessus de 900 000 tonnes

À l’autre bout du tableau, les produits de garde progressent nettement.

Le beurre. Avec 229,27 milliers de tonnes, le poste beurre et matières grasses laitières gagne 12,18 milliers de tonnes en un an. Il faut remonter à 2018 (234,96) pour trouver un premier semestre plus élevé. Les cinq années 2021 à 2025 tenaient toutes dans une bande étroite, de 212,77 à 218,53 : 2026 en sort par le haut, et franchement.

Le fromage de vache. À 904,60 milliers de tonnes, la ligne fromage de lait de vache pur signe son meilleur premier semestre depuis 2014 (912,68), et le premier au-dessus de 900 depuis cette date. Elle progresse pour la septième année consécutive : partie de 845,79 en 2019, elle passe à 846,04 en 2020, 860,00 en 2021, 866,64 en 2022, 880,80 en 2023, 890,34 en 2024, 893,01 en 2025 et 904,60 en 2026.

La poudre de lait écrémé, enfin, gagne 14,06 milliers de tonnes sur un an, à 219,55 : son premier semestre le plus élevé depuis 2019 (227,09). Le superlatif est à prendre avec des pincettes, car il se joue à très peu : 2020 (219,44) et 2021 (219,38) sont à moins de deux cents tonnes en dessous, sur une série révisable.

Ces six lignes sont des tonnages de produits finis, pas des équivalents lait. Un millier de tonnes de beurre et un millier de tonnes de lait conditionné ne mobilisent pas la même quantité de lait cru. On ne peut donc pas additionner ces lignes, ni calculer quelle part du lait supplémentaire est allée à tel ou tel produit : la série ne le permet pas. Elle dit la direction de chaque fabrication, pas la répartition de la matière première.

Ce que ça change pour un transformateur

Trois lectures utiles, à l’échelle d’un atelier.

Le marché du lait nature se contracte, celui du produit transformé non. Un producteur fermier qui hésite entre vendre du lait cru en bouteille et ouvrir un atelier fromager a, dans ce tableau, un argument chiffré : la fabrication industrielle de lait conditionné a perdu 42,9 % depuis son pic de 1993, celle de fromage de vache progresse depuis sept ans. Cela ne préjuge pas de votre marché local, où le lait cru en vente directe peut très bien fonctionner à contre-courant — mais la tendance de fond est sans ambiguïté.

La concurrence sur le rayon fromage s’intensifie. Près de douze mille tonnes de fromage de vache supplémentaires en un semestre, ce sont des volumes industriels qui arrivent en face de vos produits. La différenciation — lait cru, race, signe de qualité, affinage, circuit court — n’est pas un confort, c’est ce qui vous met hors de cette comparaison. Rappelons au passage que la répartition de la valeur en grande surface reste très défavorable à la production.

Le beurre et la poudre progressent en même temps que la collecte. Quand la collecte gagne près de 3 % et que les fabrications de garde progressent elles aussi, la pression sur les cotations industrielles s’en ressent. Nous avions détaillé le retournement des cours du beurre : ce tableau en donne un des ressorts physiques.

Si vous négociez en ce moment un contrat d’approvisionnement en crème ou en beurre pour la saison, gardez en tête que la fabrication de matière grasse est en hausse et que la collecte est abondante. C’est un élément de négociation, pas une garantie de prix. À l’inverse, si vous achetez du lait cru pour transformer, l’abondance de la collecte 2026 est le bon moment pour écrire noir sur blanc des volumes sécurisés sur douze mois.

Ce que ces chiffres ne disent pas

  • Ils ne mesurent pas la consommation. Ce sont des sorties d’usine, pas des achats de ménages. Exportations, importations et stocks ne sont pas isolés ici.
  • Ils ne couvrent que le lait de vache pour la ligne fromage. L’intitulé exact est fromage de lait de vache pur : les fromages de chèvre, de brebis et les mélanges n’y figurent pas.
  • Ils ignorent la transformation à la ferme. Comme la ligne collecte, ces séries décrivent l’activité des laiteries. Le fromage fabriqué sur l’exploitation n’y est pas compté.
  • Ils sont révisables. Les statistiques mensuelles transmises par les États membres peuvent être corrigées lors des mises à jour suivantes.

Reste le fait central, celui qui résiste à toutes ces réserves parce qu’il s’appuie sur cinquante-neuf observations et non sur une : en France, le lait qu’on met en bouteille n’avait plus été aussi peu abondant depuis 1974, tandis que le beurre n’avait plus été aussi abondant depuis 2018 et le fromage de vache depuis 2014.

Questions fréquentes

Quel est le dernier mois disponible pour la production laitière française ?

Au 17 août 2026, la série mensuelle de production laitière publiée par la Commission européenne pour la France s’arrête à juin 2026. Les six premiers mois de l’année sont donc complets, ce qui permet de comparer un premier semestre entier à ceux des cinquante-huit années précédentes, la série française débutant en 1968.

Le lait de consommation produit en France est-il vraiment au plus bas ?

Sur les cinquante-neuf premiers semestres publiés dans cette série, qui remonte à 1968, il faut remonter à 1974 (1 169,80 milliers de tonnes) pour en trouver un plus bas. Les laiteries françaises ont conditionné 1 278,31 milliers de tonnes de lait de consommation de janvier à juin 2026, contre 1 288,36 sur la même période de 2025. Le point haut de la série est le premier semestre 1993, à 2 240,60 milliers de tonnes ; le point bas, 1973, à 1 141,00.

La production de beurre française augmente-t-elle ?

Oui sur un an. Le poste beurre et matières grasses laitières passe de 217,09 milliers de tonnes au premier semestre 2025 à 229,27 au premier semestre 2026, soit 12,18 milliers de tonnes de plus. C’est le premier semestre le plus élevé depuis 2018, où il atteignait 234,96.

Où en est la production de fromage de vache ?

Elle atteint 904,60 milliers de tonnes de janvier à juin 2026, contre 893,01 un an plus tôt. C’est le premier semestre le plus élevé depuis 2014 (912,68) et le premier à repasser au-dessus de 900 milliers de tonnes depuis cette année-là. Cette ligne ne couvre que les fromages de lait de vache pur.

La collecte de lait a-t-elle augmenté en même temps ?

Oui. Le total du lait de vache cru livré aux laiteries françaises atteint 12 739,22 milliers de tonnes sur janvier-juin 2026, contre 12 375,17 en 2025. Il faut remonter à 2020 (12 871,70) pour trouver un premier semestre plus abondant.

Ces chiffres mesurent-ils la consommation des ménages ?

Non. Ils mesurent ce que les laiteries fabriquent, pas ce que les consommateurs achètent. Les volumes sont des tonnages de produits sortis d’usine. Les exportations, les importations et les variations de stocks ne sont pas isolées dans cette série.

Où consulter ces données soi-même ?

Elles sont publiées en libre accès sur le portail de données agroalimentaires de la Commission européenne, rubrique produits laitiers, jeu de données mensuel de production. Les intitulés utiles sont Drinking milk, Cream for direct consumption, Butter, Cheese from cows’milk (pure), Skimmed milk powder et Total raw cow’s milk delivered to dairies, l’unité étant le millier de tonnes.

Sources

Commission européenne, portail de données agroalimentaires (Agri-food data portal), jeu de données mensuel de production laitière, État membre France, séries Drinking milk, Cream for direct consumption, Butter, incl. dehydrated butter and ghee, and other fats and oils derived from milk; dairy spreads, Cheese from cows’milk (pure), Skimmed milk powder et Total raw cow’s milk delivered to dairies, unité : milliers de tonnes. Données consultées le 17 août 2026 ; années disponibles pour la France : 1968 à 2026 ; dernier mois renseigné : juin 2026. agridata.ec.europa.eu

Commission européenne, direction générale de l’agriculture et du développement rural, observatoire du marché du lait, tableau de bord Milk and dairy products, dernière mise en ligne datée du 13 août 2026. agriculture.ec.europa.eu

Les écarts exprimés en pourcentage sont calculés par la rédaction à partir des volumes publiés dans cette seule série.

Cet article présente une série statistique publique et son interprétation par la rédaction. Il ne constitue ni un conseil d’investissement, ni une prévision de marché. Les données mensuelles transmises par les États membres sont susceptibles d’être révisées.

— La Rédaction


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