Sécheresse : le Beurre Charentes-Poitou, le Bleu d’Auvergne et la Fourme de Montbrison rejoignent la liste des AOP assouplies
Après les fromages de montagne, puis le Rocamadour et le Bleu du Vercors-Sassenage, la troisième vague d’assouplissements liés à la sécheresse touche, pour la première fois dans les vagues recensées à ce jour par la rédaction, une appellation beurre. Trois arrêtés du 26 août 2026, publiés au Journal officiel du 29 août, modifient temporairement les cahiers des charges du Beurre Charentes-Poitou, du Bleu d’Auvergne et de la Fourme de Montbrison — chacun avec sa propre fenêtre de dates.
Trois arrêtés, un même jour, une même commission
Les trois textes portent la date du 26 août 2026 et sont parus au JORF n° 0201 du 29 août 2026 : texte n° 18 pour le « Beurre Charentes-Poitou »/« Beurre des Charentes »/« Beurre des Deux-Sèvres » (NOR AGRT2622613A), texte n° 19 pour le Bleu d’Auvergne (NOR AGRT2622614A) et texte n° 20 pour la Fourme de Montbrison (NOR AGRT2622619A). Les trois sont pris sur proposition de la commission permanente du comité national des appellations d’origine laitières, agroalimentaires et forestières de l’INAO, « en date du 18 août 2026 » — la même date que celle qui figure dans les arrêtés des deux vagues précédentes. Ils sont signés par délégation pour la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire et pour le ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat.
Aucun des trois arrêtés ne comporte de clause d’entrée en vigueur particulière : publiés au Journal officiel du 29 août, ils entrent en vigueur le lendemain, le 30 août 2026. Les périodes de tolérance qu’ils ouvrent, elles, ont des points de départ différents selon le texte — un premier écart à noter avant même d’entrer dans le détail de chaque appellation.
Beurre Charentes-Poitou : trois seuils touchés à la fois
C’est le texte le plus dense des trois. Il modifie, « en raison d’une période de sécheresse » et du 1er août 2026 au 31 juillet 2027, trois dispositions distinctes du chapitre consacré à la production du lait.
La première concerne la liste des matières premières devant provenir de l’aire de production. Le cahier des charges habituel y range les fourrages, les crucifères, les racines et tubercules, les graines de céréales — « dont le maïs » — et les graines d’oléagineux et de légumineuses, avec une exigence : que la ration totale annuelle du troupeau, en matière sèche, provienne « a minima à 80 % » de cette aire. La version temporaire retire les fourrages ainsi que les racines et tubercules de cette liste, exclut explicitement le maïs des « graines de céréales » qui doivent en provenir, et abaisse le seuil global à 60 %.
La deuxième porte sur la composition journalière de la ration des vaches laitières. Le maïs, qui devait représenter « au minimum 50 % et au moins 7 kg » de la ration en matière sèche, ne doit plus représenter qu’« au minimum 35 % et au moins 4,9 kg » — et le texte précise désormais que le maïs est compté « sous toutes ses formes y compris sous forme de grains ».
La troisième relève le plafond des aliments complémentaires autorisés : de 1 800 à 2 300 kg de matière sèche par vache laitière et par année civile. Le détail des catégories d’aliments concernées change aussi légèrement au passage : la version temporaire vise les « produits dérivés de céréales », alors que le cahier des charges habituel visait plus largement les « graines de céréales et leurs produits dérivés ».
C’est le nouveau plafond d’aliments complémentaires autorisé par vache laitière et par année civile pour le Beurre Charentes-Poitou, contre 1 800 kg dans le cahier des charges habituel — exactement la même valeur que celle déjà accordée au Bleu du Vercors-Sassenage lors de la deuxième vague, le 21 août.
Bleu d’Auvergne et Fourme de Montbrison : un seul seuil, deux fenêtres différentes
Pour ces deux fromages, la modification est plus resserrée : elle ne touche qu’une disposition, celle de la ration de base des vaches laitières.
En Bleu d’Auvergne, le cahier des charges impose « durant toute l’année » que la ration de base du troupeau soit composée de fourrages provenant de l’aire géographique de l’appellation — sans indication de proportion, ce qui revient à une obligation d’origine totale. Du 1er août 2026 au 15 mai 2027, cette ration de base doit seulement provenir « au minimum à hauteur de 80 % en matière sèche » de l’aire.
En Fourme de Montbrison, la même logique s’applique à une formulation quasi identique — « durant toute l’année, la ration de base des vaches laitières est assurée par du fourrage provenant de l’aire géographique de l’appellation » — mais avec un seuil et une fenêtre propres : du 1er septembre 2026 au 30 avril 2027, ce fourrage doit provenir « au minimum à 70 % (exprimé en matière sèche) » de l’aire.
Trois arrêtés, trois fenêtres de dates différentes. Le Beurre Charentes-Poitou est couvert du 1er août 2026 au 31 juillet 2027, soit une campagne complète. Le Bleu d’Auvergne l’est du 1er août 2026 au 15 mai 2027. La Fourme de Montbrison, seule à démarrer un mois plus tard, l’est du 1er septembre 2026 au 30 avril 2027. Un opérateur qui produit sous plusieurs de ces appellations, ou qui suit l’actualité des vagues précédentes, ne peut pas transposer une date d’une appellation à l’autre.
Comme pour les vagues précédentes, aucune démarche individuelle n’est prévue : les trois arrêtés modifient directement le cahier des charges de l’appellation elle-même, pour la période qu’ils fixent. Conservez malgré tout vos factures et bons de livraison d’aliments — fourrages, céréales, compléments — achetés pendant la période de tolérance propre à votre appellation : ce sont ces pièces qui permettent de justifier l’origine et la nature des matières utilisées en cas de contrôle.
Ce que ces trois textes ne font pas
Chaque arrêté ne modifie que les rubriques qu’il cite expressément. Aucun des trois ne touche à la délimitation de l’aire géographique de l’appellation concernée, ni aux règles de fabrication, d’affinage ou de barattage. Et chacun ne vaut que pour l’appellation qu’il vise : un producteur de Bleu d’Auvergne ne peut pas se prévaloir des tolérances accordées au Beurre Charentes-Poitou, et réciproquement.
Les deux vagues précédentes sont détaillées dans nos articles Sécheresse : les cahiers des charges du Comté, du Beaufort et de l’Abondance modifiés temporairement et Sécheresse : le Rocamadour et le Bleu du Vercors-Sassenage voient à leur tour leur cahier des charges modifié. Le mécanisme général — qui peut demander une modification temporaire, sur quel fondement, et pourquoi rien n’est acquis tant que l’arrêté n’est pas publié — est expliqué dans AOP et aléa climatique : comment fonctionne la modification temporaire d’un cahier des charges.
Questions fréquentes
Dois-je faire une demande pour bénéficier de ces assouplissements ?
Non. Les trois arrêtés du 26 août 2026 modifient directement le cahier des charges de l’appellation concernée, pour la période qu’ils fixent. Aucun ne prévoit de demande individuelle ni de déclaration préalable.
Ces trois arrêtés couvrent-ils la même période ?
Non. Le Beurre Charentes-Poitou est couvert du 1er août 2026 au 31 juillet 2027, le Bleu d’Auvergne du 1er août 2026 au 15 mai 2027, et la Fourme de Montbrison du 1er septembre 2026 au 30 avril 2027.
Une AOP beurre est-elle concernée pour la première fois par cette série de textes sécheresse ?
Oui, dans les vagues recensées à ce jour par la rédaction. Les deux vagues précédentes (Comté, Beaufort, Abondance ; puis Rocamadour, Bleu du Vercors-Sassenage) ne concernaient que des fromages. Le Beurre Charentes-Poitou est, dans les vagues recensées par la rédaction, la première appellation beurre à figurer dans une telle modification temporaire.
Le maïs est-il totalement exclu de l’alimentation du troupeau en Beurre Charentes-Poitou ?
Non. Deux dispositions distinctes le concernent : il est exclu de la liste des graines de céréales devant provenir de l’aire de production, mais il reste une composante obligatoire de la ration journalière, à un seuil abaissé — au minimum 35 % et au moins 4,9 kg de matière sèche par vache et par jour, contre 50 % et 7 kg dans le cahier des charges habituel.
Note méthodologique : les citations reproduites dans cet article sont tirées des arrêtés du 26 août 2026 relatifs aux AOP « Beurre Charentes-Poitou »/« Beurre des Charentes »/« Beurre des Deux-Sèvres », « Bleu d’Auvergne » et « Fourme de Montbrison », lus dans leur version publiée au JORF n° 0201 du 29 août 2026, consultée sur Légifrance le 29 août 2026. Cet article présente l’état du droit à la date de publication et ne constitue pas une consultation juridique : pour une situation individuelle, rapprochez-vous de votre organisme de défense et de gestion ou de votre organisme de contrôle.
Sources
— La Rédaction