Brucellose bovine : PCR sur lait individuel et dérogation de prophylaxie pour les cheptels mixtes

Le Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture a publié le 19 août 2026 une instruction technique de la direction générale de l’alimentation datée du 12 août, qui abroge et remplace celle de juillet 2025 sur la gestion de la brucellose bovine. Deux nouveautés : une PCR sur lait individuel entre dans la liste des tests, et les exploitations mixtes peuvent demander une dérogation à la prophylaxie sur sang.
L’instruction technique DGAL/SDSBEA/2026-485, signée du 12 août 2026, est parue au sommaire du Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture du 20 août 2026 après une mise en ligne le 19 août. Sa diffusion est « Tout public » et sa date de mise en application « Immédiate ». Elle précise les modalités d’application de l’arrêté modifié du 22 avril 2008 sur la prophylaxie collective et la police sanitaire de la brucellose des bovinés, et décrit les schémas décisionnels applicables en cas de test sérologique positif, en prophylaxie comme après un avortement. Elle abroge l’instruction DGAL/SDSBEA/2025-449 de juillet 2025, qu’elle remplace : le document annonce désormais sept annexes contre cinq précédemment. Elle est signée par Jean-Bernard Dereclenne, sous-directeur adjoint de la santé et du bien-être animal.
Le rappel de contexte que fait l’instruction situe l’enjeu. La France dispose du statut indemne de brucellose bovine depuis 2005. Deux foyers ont été détectés en 2012, l’un résultant de l’importation d’un bovin infecté et rapidement maîtrisé, l’autre en Haute-Savoie ; un foyer supplémentaire a été enregistré dans ce même département en 2021. Ces deux élevages de Haute-Savoie, infectés par B. melitensis, étaient liés au foyer persistant dans les populations de bouquetins du massif du Bargy. Le risque de réapparition est qualifié de faible par le texte, mais il n’est pas exclu.
Ce que la PCR change dans la cascade d’analyses
Le résumé officiel de l’instruction énonce la première modification : « la cascade analytique en cas d’APMS dans un cheptel laitier a été révisée introduisant la possibilité de réaliser une PCR sur lait individuel ». L’APMS est l’arrêté préfectoral de mise sous surveillance, pris lorsqu’un bovin devient suspect.
Le corps du texte précise le cadre de cette méthode : elle est « actuellement […] exclusivement réalisée par le LNR brucellose sur lait individuel dans le cadre de la prophylaxie des cheptels laitiers, lorsque la cascade analytique révèle un contrôle sérologique sanguin individuel positif », c’est-à-dire une épreuve à l’antigène tamponné ou une ELISA positive, suivie d’une fixation du complément positive, puis d’une ELISA de confirmation positive. Le sigle « PCR » n’apparaît pas une seule fois dans l’instruction de 2025 que ce texte abroge.
L’enjeu pratique est celui des faux positifs. L’instruction rappelle que chaque année « un certain nombre d’exploitations se trouvent en situation de suspension de qualification en raison de réactions sérologiques sur le lait de mélange faussement positives », et en donne trois causes : le nombre élevé de tests réalisés, l’adiposité du lait qui peut nuire à la mise en œuvre correcte du test, et l’existence de communautés antigéniques aboutissant à des réactions croisées.
99,5 %C’est l’ordre de grandeur que l’instruction donne pour la spécificité individuelle du test, qu’elle qualifie de très élevée. Elle la cite précisément pour expliquer que, malgré ce niveau, le nombre élevé de tests réalisés produit chaque année des réactions faussement positives sur lait de mélange.
Une dérogation à la prophylaxie sur sang pour les exploitations mixtes
La seconde modification concerne les exploitations qui réunissent un atelier laitier et un atelier allaitant formant une seule unité épidémiologique. Citant l’avis de l’ANSES du 24 mai 2023, l’instruction prévoit qu’une telle exploitation « peut par dérogation se limiter à la prophylaxie sur lait » : les animaux de plus de vingt-quatre mois de l’atelier allaitant sont alors exclus de la prophylaxie sur la matrice sang. Le mot « mixte » ne figure pas dans l’instruction de 2025.
Trois conditions cumulatives encadrent cette dérogation.
| Condition | Ce que demande l’instruction |
|---|---|
| Seuil de femelles laitières | Les femelles de type production laitier de 24 mois et plus doivent représenter au minimum 20 % de l’effectif total des femelles de 24 mois et plus présentes dans l’exploitation. |
| Interactions entre ateliers | Des interactions fortes et fréquentes entre les animaux des deux ateliers (partage de bâtiment, pâtures communes), certifiées par le vétérinaire sanitaire. |
| Engagement de l’éleveur | Déclarer tous les avortements et faire réaliser les analyses prescrites pour la recherche de la brucellose. |
La demande est co-signée par l’éleveur et son vétérinaire sanitaire en début de campagne de prophylaxie, sur le modèle d’attestation qui fait l’objet de la nouvelle annexe 7. La dérogation est automatiquement refusée si le taux de déclaration d’avortement est anormalement bas par rapport à la taille du troupeau, et le risque doit être estimé localement en cas de situation particulière, comme la proximité d’une frontière ou d’anciens foyers.
L’instruction pose une limite explicite. La mise en œuvre de cette dérogation à la prophylaxie sur sang dans les ateliers mixtes, écrit-elle, « n’est pas obligatoire ni automatique, elle relève d’un choix local qui doit être défini et précisé dans la convention d’exécution technique et financière signée entre l’administration et les GDS ».
Qui paie quoi
Le volet financier renvoie à l’arrêté du 17 juin 2009. Les mesures prescrites par le directeur départemental en charge de la protection des populations pour déterminer sans ambiguïté le statut sanitaire à la suite de résultats sérologiques positifs, avant la mise sous APMS de l’élevage, sont effectuées dans le cadre du maintien de qualification des cheptels et, à ce titre, sont à la charge de l’éleveur. En particulier, les analyses sérologiques individuelles réalisées sur les vaches laitières après un résultat non négatif au ring test, hors du cadre d’un APMS, ne sont pas couvertes par l’arrêté de 2009 : l’éleveur doit se rapprocher de son GDS local pour connaître les modalités de prise en charge.
À l’inverse, lors de la déclaration d’un avortement, « la visite du vétérinaire sanitaire, les prélèvements sur les organes génitaux femelles ou les enveloppes fœtales, ainsi que les analyses bactériologiques sont intégralement pris en charge par l’État ».
Ce que le texte dit du lait cru
L’instruction consacre un paragraphe aux voies de transmission à l’homme, dont « la consommation de produits au lait cru provenant d’animaux infectés par la bactérie ». Elle assortit immédiatement ce constat d’une précision : « Cependant, les fromages au lait cru affinés de plus de 60 jours ou consommés après cuisson ne présentent pas de risque pour les consommateurs. »
Le texte insiste par ailleurs sur le fait que, dans une zone indemne, la détection précoce repose « principalement sur la surveillance évènementielle, à savoir la déclaration et le suivi des avortements ».
L’instruction rappelle la définition retenue : un avortement correspond à l’expulsion du fœtus ou du veau, soit né mort, soit succombant dans les quarante-huit heures après la naissance.
Questions fréquentes
Que change l’instruction DGAL/SDSBEA/2026-485 ?
Son résumé officiel signale deux modifications principales : la cascade analytique en cas d’APMS dans un cheptel laitier a été révisée, avec la possibilité de réaliser une PCR sur lait individuel ; et, sous réserve de certaines conditions, une dérogation à la prophylaxie sanguine peut être accordée pour les cheptels mixtes.
Qui réalise la PCR sur lait individuel ?
L’instruction indique que cette méthode est actuellement réalisée exclusivement par le LNR brucellose, sur lait individuel, dans le cadre de la prophylaxie des cheptels laitiers, lorsque la cascade analytique révèle un contrôle sérologique sanguin individuel positif.
Quelles conditions pour la dérogation à la prophylaxie sur sang en cheptel mixte ?
Trois conditions cumulatives : au minimum 20 % de femelles de type production laitier parmi les femelles de 24 mois et plus de l’exploitation ; des interactions fortes et fréquentes entre les deux ateliers, certifiées par le vétérinaire sanitaire ; l’engagement de l’éleveur à déclarer tous les avortements et à faire réaliser les analyses prescrites. La demande est co-signée par l’éleveur et son vétérinaire en début de campagne de prophylaxie.
Les analyses de prophylaxie sont-elles prises en charge par l’État ?
Pas toutes. Selon l’instruction, les analyses sérologiques individuelles réalisées après un résultat non négatif au ring test, en dehors du cadre d’un APMS, ne sont pas couvertes par l’arrêté du 17 juin 2009 et l’éleveur doit se rapprocher de son GDS. En revanche, après la déclaration d’un avortement, la visite du vétérinaire sanitaire, les prélèvements et les analyses bactériologiques sont intégralement pris en charge par l’État.
Que dit l’instruction des fromages au lait cru ?
Elle cite la consommation de produits au lait cru provenant d’animaux infectés parmi les voies de transmission à l’homme, puis ajoute que les fromages au lait cru affinés de plus de 60 jours ou consommés après cuisson ne présentent pas de risque pour les consommateurs.
Cet article résume une instruction technique destinée aux services de l’État, aux vétérinaires sanitaires et aux laboratoires. Il ne se substitue pas à sa lecture ni aux consignes de votre DD(ETS)PP, de votre vétérinaire sanitaire ou de votre GDS.
Sources
Instruction technique DGAL/SDSBEA/2026-485 du 12 août 2026, « Gestion de la brucellose bovine en cas d’avortement ou de résultats sérologiques positifs lors de la prophylaxie », publiée le 19 août 2026, sommaire du 20 août 2026 — Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture.
Instruction technique DGAL/SDSBEA/2025-449, abrogée par la précédente — Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture.
Arrêté du 22 avril 2008 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la brucellose des bovinés, version en vigueur au 24 août 2026 — Légifrance.
Arrêté du 17 juin 2009 fixant les mesures financières relatives à la lutte contre la brucellose bovine et à la lutte contre la tuberculose bovine et caprine, version en vigueur au 24 août 2026 — Légifrance.
— La Rédaction