Orthobunyavirus de type Shamonda : une dizaine d’élevages laitiers de l’est de la France touchés, aucune mesure officielle de lutte

Troupeau laitier au paturage dans de vastes prairies vertes au pied de collines boisees et de montagnes
SANTÉ ANIMALE & TROUPEAU

Orthobunyavirus de type Shamonda : une dizaine d’élevages laitiers de l’est de la France touchés, aucune mesure officielle de lutte

— La Rédaction
Publié le 11 août 2026
Lecture : 6 min
Troupeau laitier au pâturage dans de vastes prairies vertes au pied de collines boisées et de montagnes
Troupeau laitier au pâturage. Le ministère cite cinq départements dans sa fiche du 7 août 2026 : Doubs, Jura, Ain, Haute-Savoie et Savoie.
Le ministère de l’agriculture a mis en ligne, le 7 août 2026, une fiche consacrée à un virus qui n’avait jamais été signalé en France. Il touche des vaches laitières de cinq départements de l’est. Il n’est pas transmissible à l’Homme et le ministère écarte tout impact pour la santé publique, notamment pour la consommation du lait ou de la viande. Et il n’entre dans aucune case réglementaire — ce qui, pour un éleveur, n’est pas qu’une bonne nouvelle.

La page s’intitule « Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus », elle est datée du 7 août 2026 et classée par le ministère sous les étiquettes « santé animale », « filière bovine », « Auvergne-Rhône-Alpes » et « Bourgogne-Franche-Comté ». Sa première phrase pose le fait : « L’émergence d’un nouvel orthobunyavirus de type Shamonda (SHAV) a été mise en évidence fin juillet dans une dizaine d’exploitations de vaches laitières des départements du Doubs, du Jura, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de la Savoie ». Et immédiatement la réserve : « La situation est évolutive ».

5 départements

Doubs, Jura, Ain, Haute-Savoie, Savoie — soit une dizaine d’exploitations de vaches laitières lors de la mise en évidence de fin juillet, chiffre publié par le ministère dans sa fiche du 7 août 2026. Aucun comptage postérieur ne figure sur cette page à la date de consultation, le 11 août 2026, et la fiche précise que la situation est évolutive.

Un cousin de Schmallenberg, porté par le même moucheron que la FCO

Le ministère décrit un virus déjà connu de la littérature, mais pas ici. « Le virus Shamonda est un orthobunyavirus transmis par les moucherons piqueurs (culicoides), étroitement apparenté aux virus du sérogroupe Simbu, auquel appartiennent également le virus de la maladie de Schmallenberg (SBV) et le virus Akabane (AKAV) ». Le vecteur, précise la fiche, n’a rien d’inconnu dans ces départements : « Il s’agit du même vecteur que pour le virus de la fièvre catarrhale ovine (FCO) et pour le virus de la maladie hémorragique épizootique (MHE). »

Sa géographie historique n’a rien de continental : « Le virus Shamonda a été détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960 et, jusqu’en 2026, avait été signalé de manière sporadique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe, ainsi qu’au Japon. À l’été 2026, il est apparu pour la première fois en Allemagne, en Suisse et en France. » Le ministère ajoute que « les bovins sont considérés comme des hôtes les plus répandus » et que « les petits ruminants pourraient également être des hôtes du virus ». Entre animaux, pas de contagion directe : « Il n’existe aucune preuve de transmission directe significative d’animal à animal, à l’exception de la transmission verticale de la mère à sa descendance pendant la gestation. »

Ce que voit l’éleveur : peu de chose, et c’est le problème

La phase aiguë est discrète. Le ministère parle de « signes cliniques discrets tels que fièvre, baisse de la production laitière et diarrhée », « dans la majorité des cas transitoires ». L’impact du virus est « pour le moment jugé faible dans les élevages touchés », et la fiche prend soin de couper court à une comparaison : « Ce virus n’est à cet égard pas similaire au virus de la dermatose nodulaire contagieuse bovine dont les effets sur la santé des bovins sont bien plus importants. »

La suite est plus lourde, et elle est au conditionnel dans le texte officiel : « Une seconde phase clinique pourrait apparaître si l’infection a lieu sur une femelle gestante provoquant des avortements et d’importantes malformations fœtales comme pour la maladie de Schmallenberg. » Autrement dit, ce qui se joue en pleine saison vectorielle sur des vaches en gestation ne se lira pas cet été, mais aux vêlages. C’est d’ailleurs ce que demande la fiche : « Dans un second temps, il est recommandé de suivre les éventuels impacts sur la reproduction (baisse de fertilité, avortement…) », et « les veaux nouveau-nés présentant des signes cliniques doivent également être examinés ».

Le point à retenir si vous transformez : le lait n’est pas en cause

La fiche est sans ambiguïté, et c’est la phrase à connaître si un client vous pose la question sur un marché : « Ce virus n’est pas transmissible à l’Homme et ne présente donc pas d’impact pour la santé publique, notamment pour la consommation du lait ou de la viande. » Aucune restriction de collecte, aucune restriction de transformation, aucune mention du lait cru ne figure dans le texte ministériel.

« Aucune mesure officielle de surveillance et de lutte » se lit dans les deux sens. Le ministère écrit : « Le SHAV n’est pas une maladie catégorisée au titre de la législation sur la santé animale de l’Union européenne (LSA), elle n’est soumise à aucune mesure officielle de surveillance et de lutte. Cette infection n’est pas non plus réglementée au niveau international par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). » Il ajoute qu’« aucun abattage n’est imposé par la règlementation en cas d’infection ». La fiche ne prévoit donc ni mesure officielle de surveillance et de lutte, ni abattage. Mais elle ne dit rien non plus de la prise en charge des frais : ni pour le suivi vétérinaire, ni pour les analyses, ni pour la perte de production, ce texte ne mentionne aucun dispositif. Pour savoir ce qui peut être mobilisé dans votre cas, adressez-vous à votre groupement de défense sanitaire départemental et à votre vétérinaire sanitaire.

Pas de vaccin, pas de virucide : il reste le vecteur

Sur le traitement, la fiche ferme les deux portes d’un coup : « Aucun vaccin n’est actuellement disponible. Il n’existe pas de traitement (virucide) permettant d’éliminer le virus chez l’animal. » Reste la lutte contre le moucheron : « Les mesures de lutte les plus efficaces reposent sur la protection des troupeaux contre les insectes vecteurs afin de réduire le risque d’infection (élimination des sites de ponte tels que les effluents liquides et les zones d’eau stagnante, désinsectisation des moyens de transport). » Ce sont les gestes déjà installés depuis les campagnes FCO et MHE, appliqués au même insecte.

Ce que le ministère recommande, dans l’ordre : si une baisse de production laitière, de la fièvre et de la diarrhée apparaissent « pendant la période d’activité des insectes vecteurs », appeler le vétérinaire pour un traitement « symptomatique ». Puis surveiller la reproduction sur la durée. Puis faire examiner les veaux nouveau-nés qui présentent des signes cliniques.

Et un rappel qui, lui, ne dépend pas de ce virus : « En cas d’avortement, il est rappelé la nécessité de procéder à une recherche de la brucellose. »

Ce que le ministère ne dit pas encore

Il ne donne ni le nombre d’élevages à ce jour, ni le taux d’animaux atteints par troupeau, ni la durée moyenne de la chute de production, ni la moindre projection sur les vêlages de l’hiver. Il indique seulement qu’il « suit de près l’évolution de l’épizootie d’orthobunyavirus en collaboration avec les scientifiques et les organisations professionnelles ». Sur une émergence datée de fin juillet, dans une situation que la fiche décrit comme « évolutive », les chiffres à venir seront donc à prendre à leur date de publication, et à elle seule.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le virus Shamonda ?

Selon le ministère de l’agriculture, il s’agit d’un orthobunyavirus transmis par les moucherons piqueurs du genre Culicoides, étroitement apparenté aux virus du sérogroupe Simbu, auquel appartiennent aussi le virus de la maladie de Schmallenberg (SBV) et le virus Akabane (AKAV). Il a été détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960 et n’avait été signalé, jusqu’en 2026, que de manière sporadique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe ainsi qu’au Japon. Le ministère parle, pour la France, d’un « nouvel orthobunyavirus de type Shamonda (SHAV) ».

Où et quand des cas ont-ils été mis en évidence en France ?

Fin juillet 2026, dans une dizaine d’exploitations de vaches laitières des départements du Doubs, du Jura, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de la Savoie, selon la fiche du ministère de l’agriculture publiée le 7 août 2026. Cette même fiche précise que la situation est évolutive : ce décompte vaut à sa date. Le ministère indique par ailleurs que le virus est apparu pour la première fois, à l’été 2026, en Allemagne, en Suisse et en France.

Le lait ou les fromages issus d’un troupeau touché présentent-ils un risque ?

Non selon le ministère de l’agriculture, qui écrit que ce virus « n’est pas transmissible à l’Homme et ne présente donc pas d’impact pour la santé publique, notamment pour la consommation du lait ou de la viande ». Aucune restriction de collecte ni de transformation ne figure dans la fiche ministérielle.

Quels sont les signes cliniques chez la vache laitière ?

Le ministère décrit une phase d’infection aiguë aux signes discrets : fièvre, baisse de la production laitière et diarrhée, transitoires dans la majorité des cas. Une seconde phase clinique pourrait apparaître si l’infection a lieu sur une femelle gestante, provoquant des avortements et d’importantes malformations fœtales, comme pour la maladie de Schmallenberg.

Existe-t-il un vaccin ou un traitement ?

Non. Le ministère indique qu’aucun vaccin n’est actuellement disponible et qu’il n’existe pas de traitement virucide permettant d’éliminer le virus chez l’animal. Il recommande un traitement symptomatique par le vétérinaire et la protection du troupeau contre les insectes vecteurs : élimination des sites de ponte tels que les effluents liquides et les zones d’eau stagnante, désinsectisation des moyens de transport.

Le SHAV est-il une maladie réglementée ?

Non. Le ministère précise que le SHAV n’est pas une maladie catégorisée au titre de la législation sur la santé animale de l’Union européenne et qu’elle n’est soumise à aucune mesure officielle de surveillance et de lutte, ni réglementée au niveau international par l’Organisation mondiale de la santé animale. Aucun abattage n’est imposé par la réglementation en cas d’infection.

Que faire en cas d’avortement dans un troupeau concerné ?

La fiche du ministère rappelle la nécessité de procéder à une recherche de la brucellose en cas d’avortement. Elle recommande également de suivre, dans un second temps, les éventuels impacts sur la reproduction — baisse de fertilité, avortement — et de faire examiner les veaux nouveau-nés présentant des signes cliniques.

Cet article rend compte d’une fiche d’information publique et évolutive. Il ne se substitue ni à l’avis de votre vétérinaire sanitaire, ni aux consignes de votre groupement de défense sanitaire ou de votre DD(ETS)PP. Pour toute décision concernant un animal ou un troupeau, adressez-vous à votre vétérinaire.
Sources — Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, « Cas d’infections de vaches laitières par un orthobunyavirus », page publiée le 7 août 2026 (agriculture.gouv.fr), consultée le 11 août 2026. Toutes les citations entre guillemets de cet article en sont issues.
— La Rédaction


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