Butter oil : plus aucun prix publié depuis juillet 2017, et le code figure toujours au catalogue européen

MARCHÉ DU LAIT

Butter oil : plus aucun prix publié depuis juillet 2017, et le code figure toujours au catalogue européen

— La Rédaction
Publié le 18 août 2026
Lecture : 8 min
Cuves et tuyauteries en acier inoxydable dans un atelier laitier vide, éclairé par des fenêtres hautes
Le catalogue des cotations laitières hebdomadaires de la Commission européenne comporte onze produits. L’un d’eux n’a plus reçu la moindre valeur depuis 2017.

Le portail de données agroalimentaires de la Commission européenne publie chaque semaine des cotations laitières ; son catalogue de produits en compte onze. Interrogé le 18 août 2026, ce catalogue renvoie toujours le code BUTTEROIL. Mais la série correspondante s’arrête à la semaine du 3 au 9 juillet 2017. Plus de neuf ans sans une seule valeur derrière un code toujours listé.

Nous avons passé plusieurs jours dans ce jeu de données : la crème, le lactosérum. Restait un code dont plus aucune valeur n’alimente le commentaire de marché. La nomenclature douanière le range sous 0405 90 10 ; le règlement européen le nomme, sans le traduire, « Butter oil ».

Une série ouverte en 1991, arrêtée en pleine semaine de 2017

Le jeu de données hebdomadaire renvoie 3 367 relevés pour ce produit. La série s’ouvre à la semaine 2 de 1991, du 7 au 13 janvier, avec deux relevés : l’Irlande à 335,70 euros pour 100 kilogrammes et le Royaume-Uni — alors État membre — à 329,74 euros. Elle se referme sur la semaine du 3 au 9 juillet 2017. Après quoi, plus rien.

Dernière semaine publiée (3 au 9 juillet 2017) Prix, en euros pour 100 kg
Belgique 760,00
Pays-Bas 678,00
Irlande 633,20
Lettonie 314,00

Source : Commission européenne, portail de données agroalimentaires, jeu de données hebdomadaire des cotations laitières, série BUTTEROIL, semaine 27 de 2017. Données consultées le 18 août 2026. Le relevé letton est le seul de tout le jeu de données pour ce pays.

Nous avons vérifié que cet arrêt n’est pas un artefact d’interrogation. Année par année, de 2018 à 2026 sans exception, la même requête répond par une erreur dont le message est « No results found for the selected parameter(s) », c’est-à-dire une absence de données. Une adresse inexistante, elle, répond tout autrement : le message vaut « Runtime Error » et la description « No matching resource found for given API Request ». Ce sont deux réponses distinctes, et c’est bien la première que l’on obtient.

Sur les 3 367 relevés, huit codes pays seulement apparaissent : Irlande (1 383), Royaume-Uni (757, jusqu’en 2005), Belgique (616), Pays-Bas (353), France (244), Pologne (11), Allemagne (2) et Lettonie (1). Le jeu de données ne contient aucun agrégat européen pour ce produit, alors qu’il en publie un pour le beurre, la crème et le lactosérum.

760,00

Euros pour 100 kilogrammes : la valeur la plus élevée de toute la série, relevée en Belgique deux semaines de suite, semaines 26 et 27 de 2017. Aucune valeur supérieure n’apparaît ailleurs, séries nationales anciennes comprises ; les suivantes sont 740,00 puis 719,70 euros. Montants en euros courants, sans correction de l’inflation.

Ce que le règlement demandait, et à qui

Ces prix n’étaient pas cotés par la Commission : ils lui étaient notifiés par les États membres. Le cadre en était le règlement (UE) n° 479/2010 de la Commission du 1er juin 2010 portant modalités d’application du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil en ce qui concerne les communications des États membres à la Commission dans le secteur du lait et des produits laitiers (JO L 135 du 2 juin 2010, p. 26).

Son article 2, paragraphe 1, imposait de communiquer « au plus tard chaque mercredi à 12 heures (heure de Bruxelles) » les prix « départ usine » de la semaine précédente « pour les produits énumérés à l’annexe I.A ». Cette annexe porte l’en-tête « COMMUNICATION HEBDOMADAIRE », suivi de la mention « Article 2, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 479/2010 ». Dans sa version applicable jusqu’au bout, elle compte onze lignes, et la septième est « Butter oil », code NC 0405 90 10, unité de conditionnement représentative 200 kg.

Piège de version. Dans le texte d’origine du 1er juin 2010, cette annexe comptait dix lignes et le butter oil y figurait au point 6. Le règlement (UE) n° 1041/2010 de la Commission du 16 novembre 2010 (JO L 299 du 17 novembre 2010, p. 4) a remplacé l’annexe entière et inséré une ligne « lait écrémé en poudre pour l’alimentation des animaux », portant le total à onze et décalant le butter oil au point 7. Ce règlement est entré en vigueur le troisième jour suivant sa publication, soit le 20 novembre 2010. Qui cite « la ligne 6 » cite une version périmée depuis quinze ans.

Un détail mérite d’être relevé, parce qu’il n’a jamais été corrigé : le point a) de ce même article 2, paragraphe 1, vise « les prix pour les produits visés aux points 1 à 6 ». Ce renvoi, rédigé pour l’annexe à dix lignes, n’a pas été renuméroté lorsque l’annexe est passée à onze. Dans la dernière version consolidée comportant encore cet article, il pointe donc toujours vers les points 1 à 6, quand le butter oil se trouve au point 7. Nous livrons la lecture littérale du texte ; nous n’avons trouvé aucun document officiel commentant ce décalage, et la série elle-même montre que les notifications de butter oil se sont poursuivies sans interruption de novembre 2010 à juillet 2017.

Ce qui a été supprimé, et à quelle date

Le règlement d’exécution (UE) 2017/1185 de la Commission du 20 avril 2017 portant modalités d’application des règlements (UE) n° 1307/2013 et (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les notifications à la Commission d’informations et de documents, et modifiant et abrogeant plusieurs règlements de la Commission (JO L 171 du 4 juillet 2017, p. 113) a mis fin à ce dispositif. Son article 15, point 8, dispose : « les articles 1 bis, 2 et 3 du règlement (UE) n° 479/2010 sont supprimés ».

Son article 17 précise : « Le présent règlement entre en vigueur le septième jour suivant celui de sa publication au Journal officiel de l’Union européenne. Le point 1 de l’annexe II et le point 2 de l’annexe III s’appliquent à compter du 1er octobre 2017. » Publication le 4 juillet 2017, entrée en vigueur le 11 juillet 2017.

Voilà les deux dates, l’une à côté de l’autre : la dernière semaine renseignée s’achève le 9 juillet 2017 ; les articles 1 bis, 2 et 3 du règlement 479/2010 sont supprimés le 11 juillet 2017. Nous n’avons trouvé aucun document reliant ces deux faits, et nous nous gardons d’en déduire une cause : les réponses de l’interface de données ne comportent aucun champ documentant une interruption de série.

Attention à la portée exacte : le règlement 479/2010 n’a pas été abrogé. L’article 16 du règlement 2017/1185 énumère six règlements abrogés — 546/2003, 1709/2003, 2336/2003, 2095/2005, 1557/2006 et le règlement d’exécution 1288/2011 — et le 479/2010 n’y figure pas. Ce sont trois de ses articles qui ont été supprimés, pas le texte.

La liste de remplacement ne l’a jamais repris

Le règlement 2017/1185 a rebâti l’ensemble des notifications de prix dans une annexe I unique, dont le point 7 est consacré au lait et aux produits laitiers. Dans sa version d’origine, celle de 2017, ce point visait « les prix du lactosérum en poudre, du lait écrémé en poudre, du lait entier en poudre, du beurre et des fromages de commodité, exprimés par 100 kg de produit » : cinq produits.

Dans sa version en vigueur — le point 7 a été remplacé par le règlement d’exécution (UE) 2019/1746 —, il en vise sept : « les prix du lactosérum déshydraté, du lait écrémé en poudre, du lait entier en poudre, du beurre, de la crème, du lait de consommation et des fromages de base, exprimés par 100 kg de produit ». La crème et le lait de consommation sont entrés dans la liste ; le butter oil n’y est jamais revenu. Les expressions « butter oil » et « 0405 » n’ont aucune occurrence dans ce règlement, ni dans sa version d’origine, ni dans sa version consolidée.

Le seuil de déclenchement a lui aussi changé : 1 % de la production de l’Union sous le régime de 2010, 2 % sous celui de 2017. Le seuil propre aux fromages, lui, n’a pas bougé : 4 % de la production nationale totale de fromage dans les deux textes.

De quel produit parle-t-on exactement

Le code NC 0405 90 10 relève de la position 0405 de la nomenclature combinée, « Beurre et autres matières grasses provenant du lait; pâtes à tartiner laitières ». Son libellé vise les matières grasses « d’une teneur en poids de matières grasses égale ou supérieure à 99,3 % et d’une teneur en poids d’eau n’excédant pas 0,5 % ». La note de sous-positions n° 2 du chapitre 4 de la nomenclature éclaire ce voisinage : « Aux fins du n° 0405 10, le terme « beurre » ne couvre pas le beurre déshydraté et le « ghee » (n° 0405 90) ».

C’est la seule sous-position de la position 0405 dont le libellé fixe un seuil de matière grasse aussi élevé. Les autres sous-positions ou bien s’organisent autour de fourchettes plus basses — 85 % pour le beurre naturel, recombiné et de lactosérum, de 39 % à moins de 80 % pour les pâtes à tartiner laitières — ou bien sont résiduelles et sans seuil, comme 0405 10 90 « autre » et 0405 90 90 « autres ». Un produit à 99,3 % de matière grasse et 0,5 % d’eau au maximum n’a donc, dans cette position, aucune ligne concurrente qui le décrive.

La France : 244 relevés, et un dernier prix à 719,70 euros

La France apparaît dans la série de la semaine 31 de 2010 à la semaine 26 de 2017, pour 244 relevés. Son dernier prix publié, celui de la semaine du 26 juin au 2 juillet 2017, s’établit à 719,70 euros pour 100 kilogrammes — et c’est aussi le plus élevé de toute sa série, dont le point bas remonte à la semaine 19 de 2012, à 284,10 euros.

Il n’existe pas davantage de cotation nationale de substitution dans le bulletin hebdomadaire du Réseau des nouvelles des marchés. Son édition de la semaine 31 de 2026, publiée le mercredi 5 août, comporte cinq lignes au poste « Produits laitiers » : beurre standard industriel 82 % de matière grasse en prix de facturation (4 002 euros la tonne), le même beurre en prix moyen contrats (4 101 euros), poudre de lait entier 26 % en prix de facturation (3 406 euros), poudre de lait à 0 % en prix de facturation (2 554 euros) et lait UHT demi-écrémé en brique au détail (0,96 euro le litre). Aucune matière grasse laitière concentrée.

Pourquoi cela compte précisément en 2026

Parce que la matière grasse laitière traverse une année de repli marqué. Sur la semaine 32 de 2026 (3 au 9 août), l’agrégat européen du beurre s’établit à 394,24 euros pour 100 kilogrammes, contre 712,42 euros la même semaine de 2025. Sur la crème, 254,44 euros contre 439,99 euros. Rapportés l’un à l’autre par nos soins, ces couples de valeurs donnent des reculs de 44,7 % et de 42,2 % sur un an ; ces pourcentages sont un calcul de la rédaction, la Commission ne publiant que les niveaux hebdomadaires.

Un acheteur ou un vendeur de matière grasse concentrée qui voudrait indexer un contrat, arbitrer entre deux fournisseurs ou simplement vérifier qu’un devis est dans le marché ne dispose donc, du côté public européen, d’aucune référence propre à ce produit. Il lui reste des références voisines, dont rien ne garantit qu’elles suivent le même rythme.

Si un contrat ou une grille tarifaire que l’on vous propose se réfère à « la cotation européenne » d’une matière grasse concentrée, demandez par écrit le nom exact de la série, son émetteur et sa fréquence de publication avant de signer. Une indexation ne vaut que si l’indice existe encore, paraît à date fixe et reste consultable par les deux parties.

Ce que ces données ne disent pas

Elles ne mesurent pas un marché. L’absence de prix publiés ne dit rien des volumes réellement échangés, ni de l’existence d’un marché physique pour ce produit.

Elles n’ont jamais couvert toute l’Union. Le dispositif de 2010 ne visait que les États membres au-dessus d’un seuil de production, et la couverture était très inégale : deux relevés allemands en tout, onze relevés polonais, un unique relevé letton — celui de la toute dernière semaine.

Elles sont en euros courants. Les valeurs de 1991 et de 2017 ne sont pas comparables à pouvoir d’achat constant. Signalons au passage que la plus basse valeur du jeu de données, 90,98 euros aux Pays-Bas en semaine 12 de 1997, est très isolée : la deuxième plus basse s’établit à 250,23 euros. Nous la mentionnons pour ne rien masquer, sans lui accorder de portée.

Elles ne préjugent pas d’autres sources. Des cotations privées ou nationales peuvent exister ; le constat porte ici sur les séries publiées par la Commission européenne et sur le bulletin hebdomadaire du Réseau des nouvelles des marchés.

Reste le fait, vérifiable en deux requêtes : un code de produit toujours listé au catalogue, et plus de neuf ans sans une seule valeur derrière.

Questions fréquentes

Depuis quand la série européenne du butter oil est-elle sans valeur nouvelle ?

Le dernier relevé publié porte sur la semaine du 3 au 9 juillet 2017. Aucune valeur n’a été ajoutée depuis, alors que le code du produit figure toujours au catalogue du jeu de données, interrogé le 18 août 2026. La série antérieure, de 1991 à 2017, reste en ligne et consultable.

Quels produits laitiers font aujourd’hui l’objet d’une notification hebdomadaire de prix ?

Le point 7 de l’annexe I du règlement d’exécution (UE) 2017/1185, dans sa version en vigueur, vise sept produits : le lactosérum déshydraté, le lait écrémé en poudre, le lait entier en poudre, le beurre, la crème, le lait de consommation et les fromages de base. Le butter oil n’en fait pas partie.

À quoi correspond le code NC 0405 90 10 ?

Il relève de la position 0405 de la nomenclature combinée, « Beurre et autres matières grasses provenant du lait; pâtes à tartiner laitières », et vise les matières grasses d’une teneur en poids de matières grasses égale ou supérieure à 99,3 % et d’une teneur en poids d’eau n’excédant pas 0,5 %.

Existe-t-il une cotation française de remplacement ?

Le bulletin hebdomadaire « Situation des cours et marchés » du Réseau des nouvelles des marchés, dans son édition de la semaine 31 de 2026, ne comporte aucune cotation de matière grasse laitière concentrée : ses cinq lignes laitières portent sur le beurre standard industriel à 82 % de matière grasse (deux cotations, facturation et moyen contrats), la poudre de lait entier à 26 %, la poudre de lait à 0 % et le lait UHT demi-écrémé au détail.

Sources

Commission européenne, portail de données agroalimentaires (Agri-food data portal), jeu de données hebdomadaire des cotations laitières : catalogue des produits et série BUTTEROIL (3 367 relevés, 1991 à 2017) ; séries BUTTER et CREAM, agrégat Union européenne, semaines 32 de 2025 et de 2026. Données consultées le 18 août 2026. agridata.ec.europa.eu

Règlement (UE) n° 479/2010 de la Commission du 1er juin 2010 portant modalités d’application du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil en ce qui concerne les communications des États membres à la Commission dans le secteur du lait et des produits laitiers (JO L 135 du 2 juin 2010, p. 26), article 2 et annexe I.A ; version d’origine et version consolidée. eur-lex.europa.eu

Règlement (UE) n° 1041/2010 de la Commission du 16 novembre 2010 modifiant le règlement (UE) n° 479/2010 portant modalités d’application du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil en ce qui concerne les communications des États membres à la Commission dans le secteur du lait et des produits laitiers (JO L 299 du 17 novembre 2010, p. 4), article 1er et annexe, remplaçant les annexes I.A et I.B du règlement (UE) n° 479/2010. eur-lex.europa.eu

Règlement d’exécution (UE) 2017/1185 de la Commission du 20 avril 2017 portant modalités d’application des règlements (UE) n° 1307/2013 et (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les notifications à la Commission d’informations et de documents, et modifiant et abrogeant plusieurs règlements de la Commission (JO L 171 du 4 juillet 2017, p. 113), articles 15, 16 et 17 et annexe I, point 7 ; version d’origine et version consolidée au 18 décembre 2024. eur-lex.europa.eu

Règlement (CEE) n° 2658/87 du Conseil du 23 juillet 1987 relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun, annexe I, version consolidée au 1er janvier 2026, chapitre 4 (note de sous-positions n° 2), position 0405 et ses sous-positions. eur-lex.europa.eu

FranceAgriMer, Réseau des nouvelles des marchés, bulletin hebdomadaire « Situation des cours et marchés », semaine 31 de 2026, publié le mercredi 5 août 2026, page « Produits laitiers ».

Le décompte des relevés par pays, l’identification des valeurs extrêmes de la série et les écarts exprimés en pourcentage sont établis par la rédaction à partir des seules valeurs publiées dans ces séries.

Cet article présente des séries statistiques publiques, des références réglementaires et leur lecture par la rédaction. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil d’investissement, ni une prévision de marché. Pour toute décision contractuelle, reportez-vous aux textes cités et, le cas échéant, à un professionnel du droit.

— La Rédaction


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