PFAS : le lait de vache cru entre au plan de contrôle 2026, alors qu’aucune teneur maximale européenne ne le vise

RÉGLEMENTATION

PFAS : le lait de vache cru entre au plan de contrôle 2026, alors qu’aucune teneur maximale européenne ne le vise

— La Rédaction
Publié le 18 août 2026
Lecture : 7 min
Prairie de pâturage laitier et bâtiment d’élevage en France
Le prélèvement est situé au stade « Élevage » : c’est le lait cru de la ferme qui est visé, avant tout passage en atelier.

Le ministère de l’Agriculture a mis en ligne le 18 août 2026 la version 5 du fichier qui recense, plan par plan, les laboratoires agréés et les conditions de prélèvement des contrôles officiels. Une ligne y est marquée « Nouveauté 2026 » : la recherche des PFAS dans le lait de vache cru.

La page « Laboratoires officiels et reconnus en alimentation » d’agriculture.gouv.fr a été actualisée le 18 août 2026. Elle diffuse un tableur intitulé « 2026 – PSPC liste des laboratoires agréés et données techniques générales par couple analyte matrice V5 – 18/08/2026 », dont la première cellule porte la mention « DATE DE MISE EN APPLICATION : 18/08/2026 ». Ce document n’est pas un texte réglementaire : c’est l’outil de travail des services de contrôle, qui indique pour chaque recherche prévue aux plans de surveillance et aux plans de contrôle quelle matière prélever, en quelle quantité, dans quelles conditions, et quels laboratoires sont compétents.

Il compte 1 101 lignes. Le « Plan de contrôle des contaminants chimiques DAOA ALIN DAOV » en fournit à lui seul 315, et le « Plan résidus chimiques lait » 22. Trente-six lignes portent sur un lait cru : lait cru de vache, de chèvre, de brebis, ou lait cru entier.

La ligne A97, marquée « Nouveauté 2026 »

Une seule ligne laitière du fichier porte la mention « Nouveauté 2026 » dans la colonne « Nature de la modification apportée par rapport à la version précédente ». Elle est identifiée sous le numéro de plan Sigal A97, relevant du « Plan de contrôle des contaminants chimiques DAOA ALIN DAOV », famille « POP : polluants organiques persistants ». Sa matrice est le lait de vache cru, son analyte les PFAS, et son stade de prélèvement l’« Élevage ».

Les conditions de prélèvement sont celles des autres recherches de polluants organiques persistants sur le lait : 1 litre minimum, conservation à moins de −18 °C — le fichier prévoit en note une « Tolérance à -15°C pour les échantillons devant être congelés à -18°C » —, et moins de trente jours entre le prélèvement et la réception au laboratoire. Pour le nombre d’unités, le fichier renvoie au « paragraphe A.2.5 de l’annexe du règlement (UE) 2022/1428 », le texte européen qui fixe les méthodes de prélèvement applicables au contrôle des PFAS dans certaines denrées alimentaires. Deux précisions s’imposent sur ce renvoi. L’article 2 de ce règlement en réserve les méthodes aux « denrées alimentaires pour lesquelles des teneurs maximales ont été fixées par le règlement (CE) n° 1881/2006 » — texte abrogé depuis par le règlement (UE) 2023/915, qui a repris les teneurs maximales. Et le paragraphe A.2.5 lui-même s’intitule « Dispositions spécifiques applicables à l’échantillonnage d’animaux terrestres » : il ne traite que des viandes et des abats, non du lait.

Quatre laboratoires pour analyser, un seul pour confirmer

Le fichier attribue à chaque laboratoire une lettre : R pour laboratoire national de référence, D pour les analyses de première intention, C pour les analyses de confirmation, DC pour les deux. Sur la ligne A97, quatre laboratoires agréés sont en « D » seulement, et la confirmation revient au seul laboratoire national de référence, porté « RC ». Cette répartition n’a rien de propre au lait : les mêmes cinq laboratoires, avec les mêmes lettres, figurent à l’identique sur trente et une autres lignes du fichier, des légumes-feuilles aux œufs de poule en passant par la chair de poisson. C’est le réseau qui porte les PFAS dans les denrées alimentaires, et le lait de vache cru vient de s’y ajouter.

Code Laboratoire Rôle sur la ligne A97
LDA 21 Laboratoire départemental de la Côte-d’Or (Dijon) Première intention
LDA 29a LABOCEA (Quimper) Première intention
LDA 40 Laboratoire des Pyrénées et des Landes (Mont-de-Marsan) Première intention
LDA 72 INOVALYS Le Mans Première intention
LAB 44 LABERCA ONIRIS (Nantes) Référence nationale et confirmation

Ce réseau est surtout étroit à la confirmation. Sur le même lait de vache cru, la recherche des PCB non similaires aux dioxines (plan Sigal 888) mobilise dix laboratoires, dont neuf habilités à la fois à la première intention et à la confirmation. Celle des dioxines et furanes avec les PCB de type dioxine (plan 891) en mobilise quatre, dont trois peuvent confirmer. Les PFAS : cinq laboratoires, mais un seul peut confirmer.

5laboratoires sont déclarés compétents pour la recherche des PFAS dans le lait de vache cru — quatre en première intention, un seul pour la confirmation. Sur la même matière, la recherche des PCB non similaires aux dioxines en mobilise dix.

Un plan de contrôle… sans teneur maximale à contrôler

C’est le point qui mérite d’être lu deux fois. Les teneurs maximales en PFAS dans les denrées alimentaires figurent au point 4.2 de l’annexe I du règlement (UE) 2023/915. Ce point comprend trois rubriques : 4.2.1 pour les viandes et abats comestibles, 4.2.2 pour les produits de la pêche et les mollusques bivalves, 4.2.3 pour les œufs. Ni le lait ni aucun produit laitier n’y figurent — y compris dans la version consolidée du 8 octobre 2025, la plus récente ; les trois règlements de juillet 2026 qui modifient le 2023/915 portent sur le 3-MCPD, le delta-9-tétrahydrocannabinol et le furane, et non sur les PFAS.

Un prélèvement de lait cru pour PFAS ne peut donc pas conduire à un dépassement de teneur maximale, faute de teneur maximale européenne pour cette matière. Les résultats servent à connaître le niveau de contamination, non à sanctionner un lot au regard d’une limite chiffrée.

Les repères existent ailleurs. La recommandation (UE) 2022/1431 de la Commission du 24 août 2022 relative à la surveillance des substances perfluoroalkylées dans les denrées alimentaires demande aux États membres, à son point 6, des limites de quantification inférieures ou égales à « 0,010 μg/kg pour le PFOS, 0,010 μg/kg pour le PFOA, 0,020 μg/kg pour le PFNA et 0,040 μg/kg pour le PFHxS dans le lait ». Son point 7 fixe des valeurs indicatives au-delà desquelles « une enquête plus approfondie sur les causes de la contamination devrait être menée » : pour le lait, 0,020 μg/kg de PFOS, 0,010 μg/kg de PFOA, 0,050 μg/kg de PFNA et 0,060 μg/kg de PFHxS. Ces deux séries de chiffres ne sont pas des limites réglementaires : ce sont des repères de surveillance, et ils ne se confondent pas entre eux.

Une précision de calendrier s’impose : le point 1 de cette recommandation vise la surveillance « au cours des années 2022, 2023, 2024 et 2025 ». La seule recommandation européenne de surveillance des PFAS adoptée depuis, la recommandation (UE) 2026/1307 de la Commission du 11 juin 2026, porte sur les aliments pour animaux, pas sur les denrées.

Ce que le même fichier change aussi pour vos autres laits

Deux autres mouvements laitiers figurent dans cette version. Sur le lait cru de vache, une seconde recherche est notée comme nouvelle pour 2026 : celle du fipronil et de ses métabolites, de la fenthion et de ses métabolites et de l’indoxacarbe (plan Sigal 915). Le commentaire du fichier précise qu’il s’agit d’une « recherche des substances double usage dans le PS à partir de 2026 », et indique que le règlement délégué (UE) 2022/1644 a supprimé l’obligation de cette recherche dans le plan de contrôle, le choix ayant été fait de la maintenir dans le plan de surveillance. Un seul laboratoire y est déclaré compétent.

Sur le lait de brebis cru et le lait de chèvre cru, le fichier porte la mention « Regroupement des analyses Dioxines/furanes/PCB DL et PCB-NDL » : ces quatre familles figurent désormais sur une seule ligne par matière. Quatre laboratoires prennent en charge la ligne ainsi regroupée.

Si vous transformez le lait de votre propre troupeau, votre exploitation est à la fois le lieu du prélèvement et l’atelier. Le prélèvement pour PFAS est situé au stade « Élevage » : il porte sur le lait cru avant transformation, et non sur vos fromages ou vos yaourts. Les conditions du fichier — un litre, congélation, réception au laboratoire en moins de trente jours — décrivent le prélèvement officiel : elles renseignent les services de contrôle et les laboratoires, et ne constituent pas une consigne d’autocontrôle.

Reste une question ouverte, que ce fichier ne tranche pas : le passage du lait aux produits transformés. La recommandation de 2022 demandait précisément aux États membres de déterminer les « facteurs de transformation » pour divers produits, « notamment le fromage, le lactosérum en poudre, le jaune d’œuf […] ». Aucun couple analyte/matrice du fichier 2026 ne vise le fromage pour les PFAS.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la liste PSPC publiée le 18 août 2026 ?

Il s’agit du fichier « 2026 – PSPC liste des laboratoires agréés et données techniques générales par couple analyte matrice V5 – 18/08/2026 », diffusé par le ministère de l’Agriculture sur la page « Laboratoires officiels et reconnus en alimentation ». Sa première cellule porte la mention « DATE DE MISE EN APPLICATION : 18/08/2026 ». Il recense 1 101 lignes indiquant, pour chaque recherche des plans de surveillance et des plans de contrôle, la matière à prélever, la quantité, les conditions de conservation et les laboratoires compétents. Ce n’est pas un texte réglementaire.

Quelle est la nouveauté 2026 pour le lait de vache cru ?

La ligne portant le numéro de plan Sigal A97 du « Plan de contrôle des contaminants chimiques DAOA ALIN DAOV » associe la matrice « Lait de vache cru » à l’analyte « PFAS », au stade « Élevage ». La colonne « Nature de la modification apportée par rapport à la version précédente » y porte la mention « Nouveauté 2026 ». Une seconde ligne laitière, le plan Sigal 915, ajoute en surveillance la recherche du fipronil et de ses métabolites, de la fenthion et de ses métabolites et de l’indoxacarbe dans le lait cru de vache, « à partir de 2026 ».

Existe-t-il une teneur maximale en PFAS pour le lait ?

Non. Le point 4.2 de l’annexe I du règlement (UE) 2023/915 fixe des teneurs maximales en PFAS pour trois catégories seulement : les viandes et abats comestibles (4.2.1), les produits de la pêche et les mollusques bivalves (4.2.2) et les œufs (4.2.3). Le lait et les produits laitiers n’y figurent pas, y compris dans la version consolidée du 8 octobre 2025. Les trois règlements de juillet 2026 qui modifient ce texte portent sur d’autres contaminants.

Quels repères chiffrés existent alors pour le lait ?

La recommandation (UE) 2022/1431 de la Commission du 24 août 2022 en donne deux séries, qu’il ne faut pas confondre. Son point 6 demande des limites de quantification inférieures ou égales à 0,010 μg/kg pour le PFOS, 0,010 μg/kg pour le PFOA, 0,020 μg/kg pour le PFNA et 0,040 μg/kg pour le PFHxS dans le lait. Son point 7 fixe des valeurs indicatives au-delà desquelles une enquête sur les causes de la contamination devrait être menée : 0,020 μg/kg de PFOS, 0,010 μg/kg de PFOA, 0,050 μg/kg de PFNA et 0,060 μg/kg de PFHxS. Ce sont des repères de surveillance, pas des limites réglementaires.

Quels laboratoires peuvent analyser les PFAS dans le lait de vache cru ?

Cinq laboratoires sont inscrits sur la ligne A97. Quatre réalisent les analyses de première intention : le laboratoire départemental de la Côte-d’Or, LABOCEA à Quimper, le Laboratoire des Pyrénées et des Landes à Mont-de-Marsan et INOVALYS au Mans. Le cinquième, le LABERCA ONIRIS à Nantes, est laboratoire national de référence et assure les analyses de confirmation. Ces cinq laboratoires, avec la même répartition des rôles, figurent à l’identique sur trente-deux lignes du fichier, celle du lait comprise : c’est le réseau qui porte les PFAS dans les denrées alimentaires. À titre de comparaison, dix laboratoires figurent sur la recherche des PCB non similaires aux dioxines dans la même matière.

Mes fromages et mes yaourts sont-ils concernés ?

Le prélèvement de la ligne A97 est situé au stade « Élevage » et porte sur le lait de vache cru, avant transformation. Aucun couple analyte/matrice du fichier 2026 n’associe les PFAS à un fromage. La recommandation (UE) 2022/1431 demandait toutefois aux États membres de déterminer les facteurs de transformation pour divers produits, « notamment le fromage, le lactosérum en poudre, le jaune d’œuf […] ».

— La Rédaction

Sources : ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, page « Laboratoires officiels et reconnus en alimentation », mise à jour du 18 août 2026, et fichier « 2026 – PSPC liste des laboratoires agréés et données techniques générales par couple analyte matrice V5 – 18/08/2026 » (onglet « 2026 », lignes des plans Sigal A97, 888, 891, 892, 893 et 915) — même page, fichier « Coordonnées des laboratoires (annexe 3) 2026 v3 » du 20 mai 2026 — règlement (UE) 2023/915 de la Commission du 25 avril 2023 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires, version consolidée au 8 octobre 2025, annexe I, point 4.2 — règlement d’exécution (UE) 2022/1428 de la Commission du 24 août 2022, JO L 221 du 26 août 2022, p. 66 — recommandation (UE) 2022/1431 de la Commission du 24 août 2022 relative à la surveillance des substances perfluoroalkylées dans les denrées alimentaires, JO L 221 du 26 août 2022, p. 105, points 1, 3, 5, 6 et 7 — recommandation (UE) 2026/1307 de la Commission du 11 juin 2026 relative à la surveillance des substances perfluoroalkylées (PFAS) dans les aliments pour animaux — règlement délégué (UE) 2022/1644 de la Commission du 7 juillet 2022, JO L 248 du 26 septembre 2022, p. 3 — règlements (UE) 2026/1825 du 29 juillet 2026 (3-MCPD et esters), 2026/1828 du 28 juillet 2026 (delta-9-tétrahydrocannabinol) et 2026/1890 du 29 juillet 2026 (furane et méthylfuranes), modifiant le règlement (UE) 2023/915. Documents consultés le 18 août 2026.

Cet article rend compte d’un document technique diffusé par l’administration et de textes européens publiés. Il ne constitue pas une consultation juridique. Pour une situation individuelle, rapprochez-vous de votre direction départementale en charge de la protection des populations.


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